RECITS  et  FICTIONS



Vous trouverez ici mes
"récits", mes "fictions". Bonne lecture !



- Que cette nuit est noire
- Vents de mer
- Un gourou
- Souvenirs, souvenirs
- Qui a dit que l'eau ...
- Le maillot mauve
- Mes débuts aux échecs

- Mes madeleines
- La mort d'un porc
- Bizarreries
- Une compagnie

- Le pain

- La mer
- un jour de brocante


- La mondialisation
- Le chat

- Histoire de bouts
- Un gigolo

- Chouka

- Catherine
- Bassin d'Arcachon
- Mon hamac et moi

- Traqueur d'euros
- Sexualité d'une crème liégeoise
- Le vôtre, il est comment ?

- Mon Eden à moi


Que cette nuit est noire

Il est 19 heures, et la nuit est déjà tombée. Il a fait gris toute la journée et le ciel s'est vite assombri. Ce n'est pas comme en été où on peut profiter des longues soirées. Encore, ne nous plaignons pas, les jours ont bien rallongé depuis le solstice d'hiver. On ne va pas tarder à souper, mais avant je voudrais fermer les volets. Cela protège un peu du froid. La fenêtre de la cuisine donne sur un champ où paissent des vaches et que ce soit le jour ou la nuit, elles semblent se moquer du temps. Je les entends ruminer. Au loin c'est à peine si je distingue encore un rideau d'arbres aux pieds desquels coule paisiblement la Dordogne. Une voiture passe sur la petite route et ses phares dessinent la cime des arbres parcourus par un frisson de vent. J'ai mis des barreaux aux fenêtres et pour atteindre le crochet du volet il me faut me pencher et tendre le bras le plus possible, ce qui n' est pas du tout pratique. Tout est calme au dehors mais que cette nuit est noire ! On a la même dans les films de suspense. Elle me semble cependant anormalement douce.
Je finis par attraper le crochet, le volet résiste et ne veut pas venir. Il me faudrait graisser le gond, mais dans la journée je n'y pense pas. Il me semble voir une ombre mystérieuse dans le chemin qui passe tout contre la maison. A cette heure-ci, sans lumière, cela me semble bien étonnant. J'entends le cri d'une chouette. Une chouette ou un hibou ? Je ne saurais les différencier. Cet oiseau nocturne dont le cri ressemble à une plainte d'agonie présente un aspect sinistre et ajoute au côté lugubre de cette nuit. Elle voit dans la nuit, et à ce titre ne dit-on pas qu'elle symbolise la sagesse, mais peut-être aussi voit-elle les malheurs en embuscade. Une fois, en été, c'étaient des chauve-souris qui étaient entrées dans les chambres des gosses. Quand nous sommes montés ils sanglotaient sous les draps. Ma femme et moi n'avions rien entendu. Depuis j'avais mis des moustiquaires et nous étions tous plus tranquillisés. A nouveau, si c'est elle, la chouette hulotte hulule et je sens m on poil se hérisser. Un éclair illumine la haie du bord de la rivière, je frissonne, je réalise que je me trouve bien peureux ce soir-là, et je me reprends.
Ah, enfin le volet de gauche tourne et se rabat. Je me penche à nouveau pour attraper celui de droite. Il semble autant coincé que l'autre. Je force plus en me penchant un peu plus. C'est à ce moment-là qu'on me saisit le poignet. Je ne vois rien ni personne et je pousse un cri de stupeur, je cherche à me dégager mais si je peux faire un peu tourner mon bras je n'arrive pas à m'en défaire. Le ventre penché sur l'évier, ma position ne me donne pas de force. Je ne vois rien car si c'est la forme noire mystérieuse qu'il m'a semblé voir, elle s'est bien plaquée contre le mur. Ma femme n'entend rien, elle écoute de la musique dans le salon. Je crie à nouveau, je cherche à me dégager, je fais pivoter le bras mais sa force est supérieure, car je suis en déséquilibre. Elle pousse un grognement. Est-ce un homme ? une bête ? Non, une bête m'aurait mordu. Je n'aperçois rien. Elle me tord un peu plus le bras. Je me mets à hurler, sait-on jamais. Mes premières secondes de panique passées, je réalise que je suis dans la cuisine et qu'il y a peut-être un long couteau à ma portée, mais je ne trouve rien. J'essaie de reculer, de tirer, mais l'homme est plus fort que moi. S'il continue à tirer il va me plaquer encore plus contre l'évier, mais je ne pourrais pas aller plus loin. Que me veut-t-il faire ? M'arracher le bras ? Ce qui le plus éprouvant c'est qu'il ne dit rien !
Alors je crie « Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » Il se met à rire. C'est donc un être humain. Enfin, humain, si on peut dire. Un rire curieux, qui me surprend et m'étonne. Il grogne comme la première fois. Je crie, je hurle, je me débats, enfin j'essaie de prendre appui contre l'évier pour tirer car ma marge de manœuvre est très réduite quand tout à coup une autre personne apparaît devant la fenêtre et grâce à la lumière je le vois un peu : il porte un grand blouson noir et un passe-montagne avec un espace juste pour permettre aux yeux de voir. Des yeux noirs, méchants, luisants… Il ne dit pas un mot, ne réclame rien. Mais que me veut-il enfin ? C'est ce que je lui demande : « mais que me voulez-vous ? que faites-vous ? pourquoi moi ? C'est de l'argent que vous voulez ? » Je réalise que je lui ai proposé trop vite de l'argent et que le porte-monnaie est sur mon bureau et qu'il faudra qu'il me lâche pour que j'aille le chercher. Il ne me croira jamais. Je crie à nouveau, mais ça ne sert à rien car ma femme a le casque sur la tête. Et pas de couteau en vue non plus. Comment vais-je pouvoir m'en sortir ? Comment tout cela va pouvoir finir. Et quand ?
Soudain la main qui tient me lâche et j'en profite aussitôt pour rentrer le bras et reculer. Deux hommes apparaissent enfin et enlèvent leur cagoule, et en même temps que je les reconnais ils crient « 1 er avril » ! et deux, trois, quatre copains partent d'un grand et long éclat de rire…

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Vents de mer

6 juillet. 16h. Je suis allongé sur la plage depuis un petit moment et je sens que je commence à griller. Je suis sorti de l'eau il y a peu, mais le soleil a rapidement effacé les bienfaits de l'onde fraîche. Je me redresse pour scruter la mer mais le vent est encore au large. Je me retourne pour que chaque côté profite équitablement des rayons. Je pense à l'hiver prochain, et je me dis que je serais bien content d'avoir ces degrés supplémentaires. Mais, entrerais-je en communion avec Eole ? Il m'envoie une petite brise qui enveloppe agréablement mon corps, me prodigue des caresses presque sensuelles qui atténuent pendant quelques instants les ardeurs de Râ. Je me méfie car il accentue aussi ses effets rougeoyants sans qu'on le perçoive. Ce fut de courte durée. Je retourne à l'eau pour me rafraîchir, nage longuement et reviens m'allonger. Soudain, sans que j'aie pu la voir venir ou deviner son approche, une risée plus forte me balaye tout le corps. Ah quel plaisir ! Mais elle cesse de suite, c'était bien une risée, peut-être l'ébauche de la Tramontane qui soufflera par rafales d'ici un moment. Un petit vent doux lui succède et mon côté à l'ombre est devenu plus frais. Ici en Méditerranée le vent est très inégal : il peut, capricieux, piquer des colères, siffler méchamment entre les persiennes d'un volet entre-ouvert pendant quelques secondes, et retomber aussi rapidement qu'il est monté. Il est de ceux qui subitement envoient voler matelas et parasols dont la pique souvent vient se planter à quelques centimètres des innocents comme moi allongés sur le sable. En Atlantique (Mer du nord…) le vent est plus régulier et continu, et plus frais aussi. Il faut voir les plages où les baigneurs se protègent entre des toiles tendues d'un bout à l'autre, même en plein été, pour s'en protéger. Le spectacle est surprenant pour les gens du midi qui eux ne connaissent que les parasols, mais qui, s'ils veulent faire de la voile ou du surf, doivent lutter ardemment avec ou contre un vent dont la force est très inégale d'une seconde à l'autre. On dirait que le vent décide de se lever : les risées sont plus fréquentes, et plus fortes aussi. Une mère appelle son enfant qui nage à la poursuite d'un ballon poussé par le vent. En fait c'est le "thermique" qui se lève, vent d'est, et comme la plage est face à l'est, il est ici un peu plus sensible. Les vaguelettes sont un peu plus bruyantes en se rompant sur la plage, et commencent à faire peur à ceux et celles qui ne savent pas très bien nager. Une heure ou deux plus tard, ce thermique est tombé. Et je recommence à griller. Un petit bain me fera du bien. Quand je reviens ma rabane et ma serviette sont presque sur la serviette de la voisine. Quel coquin, ce vent !

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Un gourou

Il y a dans mon environnement quelqu'un que je qualifierais de "gourou". Il a de l'éloquence, une aptitude à s'exprimer avec aisance et une capacité d'émouvoir et de persuader par la parole qui laisse pantois sur le moment. On en vient donc à douter, à se demander " et s'il avait raison ? ", indice qui prouve que sa technique de persuasion à contourner nos capacités de critique et de jugement a bien fonctionné.
Après son départ et après un temps de réflexion, mais avant que le contrôle de l'esprit n'ait été encore total ou que la manipulation mentale ait atteint totalement son but, un neurone plus dégourdi se réveille, retrouve sa capacité à juger ces informations et alerte les autres provoquant un sursaut libérateur. Heureusement, la discussion en couple permet aussi de mieux prendre conscience de cette entreprise de domination psychologique et de possession dont on a été victime. Le tout est de pouvoir se dégager à temps avant que la tentative de contrôle de la pensée ait été efficace.
Le gourou fait croire à sa victime à des souvenirs imaginaires que lui seul invente : on les appelle de « faux souvenirs induits ». Ce psychopathe exerce une véritable fascination et lui fait subir en permanence des lavages de cerveau. Mais quand le "laveur" se voit démasqué, alors il lui fait rompre tout contact avec sa famille de peur de sa contamination sur le "lavé". Car le but du gourou est de parvenir jusqu'au détachement complet d'avec sa famille, surtout quand celle-ci en a pris conscience, car elle devient un danger potentiel.
Il va même jusqu'à utiliser des violences verbales, et pire physiques afin de contraindre toutes velléités de rébellion quand le "lavé" subit des influences extérieures destinées à lui faire ouvrir les yeux. Sans oublier que le "laveur" ait pu l'impliquer dans des actions lui permettant de garder la main mise sur lui. C'est de la perversion à l'état pur.
Il est à penser aussi, au début tout au moins, que pour des considérations spirituelles, religieuses ou matérielles, le "lavé", esprit faible, ébloui et possédé psychologiquement, y trouve son compte, parvenant à fuir ainsi ce groupe familial, car dépeint en mal avec son éloquente conviction pour qu'il fasse siens ces faux souvenirs induits ; il cherche de plus en plus à adopter les mêmes pratiques et mœurs que son gourou.
Mal dans sa peau, il espère toujours accéder à une vie "meilleure", une fois rompues totalement ses attaches avec son monde antérieur. Mais en réalité c'est une vie d'esclave qu'il mène, n'ayant plus aucun pouvoir décisionnaire sur lui-même et sur sa vie.
Finalement il n'est jamais heureux, et sa famille non plus bien-sûr.
Seul son gourou, devenu "Prince Machiavel", atteint l'extase.

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Souvenirs, souvenirs

Je viens de lire " Le premier homme " d'Albert Camus, roman autobiographique de sa vie menée en Algérie, et ses écrits me font remonter plusieurs souvenirs communs qui datent de l'époque où nous habitions Oujda, au Maroc, près de la frontière algérienne.
Son protagoniste, Jacques, raconte une partie de chasse à laquelle, tout jeune, il avait participé, ou assisté plutôt. Moi aussi j'accompagnais parfois mon père quand au lieu de sortir loin entre hommes il décidait de partir en famille pas trop loin de chez nous, chasser le perdreau et le lièvre. Il fallait quand même prendre la voiture. Il me donnait une carabine 9mm et moi je chassais … les alouettes. Il m'avait acheté une cartouchière où je glissais les cartouches, que je portais autour de la taille, comme un vrai chasseur. Il me fallait les approcher au plus près, presque ramper car elle ne portait pas très loin. Et il fallait me voir courir quand j'en tuais une. Et à la maison nous les mangions, bardées de lard et cuites à la cocotte. Excellentes ! (voir plus bas "Mes madeleines").
Jacques raconte aussi la première fois qu'il a dû aller chercher une poule dans le poulailler que sa grand-mère allait égorger afin de récupérer le sang dans une assiette pour en faire une "sanquette". La première fois que ma copine (une fille de la capitale) et qui allait devenir ma femme a vu ceci, elle a pensé "ils sont propres, ces gens, il n'y aura pas de sang partout". Mais quand elle l'a aperçue dans la poêle, ce fut très très dur de la lui faire goûter !
Jacques évoque les vents de sable qui soufflaient à Alger ou dans le bled des environs. Une fois, à Oujda, ce sirocco fut plus fort que tous les autres. Il recouvrit la ville d'une épaisse couche de sable, de poussière. Il s'infiltra, rentra dans les maisons, nous réveilla et nous dûmes nous protéger le nez tant nous suffoquions. Ce fut terrible. Mais quand il eut cessé, ce fut la pluie qui prit la relève, une pluie torrentielle, comme il en tombe soudainement dans ces pays méditerranéens. Camus y écrit :" l'eau, venue des cataractes du ciel, lavait alors brutalement les arbres, les toits, les murs et les rues de la poussière ". Elle entraîna avec elle tout ce sable et boucha les égouts par la quantité d'eau qu'ils devaient subitement avaler et par le sable ainsi drainé. Je m'en souviens encore, les écoles (et les administrations ?) furent fermées deux à trois jours. Il fallut chez nous et partout aussi tout nettoyer, éponger les inondations. J'entends encore les lamentations des uns et des autres, moins aiguës chez les écoliers bien sûr, encore qu'à la maison ce n'était pas le travail qui manquait.
En lisant ce roman, les anecdotes qui fourmillent, c'est ma jeunesse que je revis.

 

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Qui a dit que l'eau…

Je rentre dans l'eau. Elle atteint mon ventre. Alors je joins mes deux mains pour en faire une petite cuvette que je remplis et porte à mon nez jusqu'à la toucher pour être sûr que ce ne soit pas l'air que je sente. Il n'y a pas de doute. L'iode. Le sel. C'est bien elle qui donne son odeur à l'air. Je la renouvelle, l'approche au plus près et je retrouve les mêmes saveurs. Elle me rappelle ma jeunesse quand le dimanche nous allions à la plage nous baigner et chercher des tellines, ce qu'on appelait "les haricots de mer". Je me dirige vers les rochers. J'évite quelques oursins. Je repère une roche qui abrite des algues vertes, où doivent se cacher des petits vers qu'on utilisait pour la pêche. Il affleure la surface. Je remplis à nouveau mes mains et j'y colle mon nez. Pas de doute. L'eau y sent plus fort l'iode et les algues. C'est elle que je sens certains jours sur ma terrasse. Je ferme les yeux comme pour savourer ou remonter dans le temps. Je l'apprivoise, je vais au plus profond du contact.

Les feuilles craquent sous mes pas. Je cherche un bruit, très précis. Je m'arrête, repars, et soudain je l'entends. Je dévale un peu plus la pente. Le crépitement se fait plus précis. Une petite cascade est là, à quelques mètres de moi, sous mes pieds. J'entre dans une sorte de petite mare qui ne semble pas profonde. Je soulève la vase et tout se trouble. Doucement je vais vers la petite chute d'eau. J'en capte un peu dans mes mains regroupées et j'approche mon nez. Elle sent le sous-bois, le lit qu'elle a parcouru pour arriver jusqu'à moi. Je la hume en fermant les yeux. Mais un doute m'assaille : est-ce bien l'eau qui sent ou l'air environnant ? Je la renouvelle et mon nez vient encore plus près, à la toucher. Oui, elle fleure bon cette eau pure, cristalline, qui s'est frottée aux rochers, aux arbres, peut-être au gardon ou à la truite sauvage. Je pense furtivement aux tasteurs d'eau qui déterminent la quantité de chlore à mettre dans nos circuits. Je la lape précautionneusement, comme un chaton qui lape son lait.

Certains soirs d'été l'air se fait lourd et exalte l'odeur des plantes et de la terre. L'orage menace, le tonnerre gronde et les éclairs se font plus violents. Le vent se lève et m'apportent ces effluves de terre mouillée, que j'aime tant, peut-être parce qu'elles me rappellent ma terre natale, si lointaine. La pluie s'approche, c'est sûr. L'odeur se fait plus forte. La première grosse goutte tombe sur mes lunettes. Je prends la décision de rester dehors. Les gouttes se font plus nombreuses. Elles mouillent ma peau. Un éclair m'aveugle, son bruit me fait sursauter. L'averse est vite arrivée. Elle ruisselle sur mon front, le long de mon nez. Je respire lentement et profondément. Elle aussi sent la terre mouillée sans aucun doute. Elle s'insinue entre les plis de ma peau et rentre dans mon cou qu'elle caresse. Elle devient sensuelle. Elle est chaude. Je la retiens dans le creux de ma main et la porte à mon nez. Elle sent bon la terre chaude qui a séché sous le soleil et qui a soif. Elle me rappelle l'été, quand je sors de la mer et qu'elle s'attarde en gouttelettes sur ma peau brunie, salée. Qui a dit que l'eau ne sent rien ?


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Le maillot mauve

Cet après-midi je suis invitée à une piscine-party chez Maud. Que des femmes. Mais quel maillot vais-je me mettre ? Le mauve m'allait bien en fin d'été … Est-ce que j'y rentre encore ? Oui, parfait. Enfin, bon… Après ce long et froid hiver ce doit être la brousse, ou la toundra en bas. Oh, il y en a plusieurs qui dépassent. Vite ma pince. En voilà un. Aïe. Et celui-là. Ouille ! J'avais oublié. Pas terrible… Peu sexy… Le mieux serait que je fasse une belle brosse. Bien dru, bien noir, ça passe. Un peu gazon. Maudit ? Oh non, pas avec moi. Ou la coupe de Felipe, un ami de Mafalda¹. Ce n'est quand même pas très régulier. Je vais en faire un beau triangle. Comment disait déjà mon prof de maths ? Isocèle ? Equatorial ? (Rire) Que je suis bête, équilatéral. Aude disait l'autre jour à Olympe que ce n'était plus à la mode. Parce que là aussi il y a des modes ? Moi qui pensait que la mode se montrait, s'affichait ! (Rire) Elle disait qu'aujourd'hui il fallait le faire "façon ticket de métro". Et on le prend Porte de la Chapelle ? ai-je ajouté très étonnée. Ca me fait penser à ma tante Rosa, Carmélite. Est-ce qu'elle l'entretient elle aussi ? Pas sûr. Quoique. Pour s'offrir à Dieu, autant être nette. Porte d'Orléans ? Non, ça fait trop Pucelle. Et on descend Porte de Pantin ? Pantin. Oui, pas mal. On tire sur la ficelle et il lève les bras, les jambes, ... Enfin, il ne faut pas trop tirer sur la ficelle. Aïe. J'ai fait un trou. Comme le Poinçonneur des Lilas. Je chantonne quelques notes. "Il fait des trous, il fait des trous". Bon, pour le ticket de métro, c'est foutu. C'est plutôt la moustache d'Hitler. Claquements de talons, bras levé, "hei Hitler". C'est un peu mince tout de même. Un peu ridicule, non ? Ca fait "suivez la flèche". Je me souviens alors que Marie Ange disait à Pauline qu'elle avait tout enlevé. Elle rit en racontant la surprise de son mari. Entre désapprobation et … attirance. C'est vrai qu'un jour j'en avais parlé à Pierre², il n'avait pas réagi. Imperturbable. Interrogatif, peut-être. Il ne m'avait ni incitée ni retenue. Il devait encore avoir un problème sérieux d'internet. Pornonet, oui. Alors, que fais-je ? Allez, sautons le pas, enlevons tout ... C'est bizarre. Je me sens toute nue. De toute façon, ça repousse, comme les cheveux. Il paraît que ça gratte après. Heureusement on ne sera pas à poil. Enfin, sans pour moi, et pour Aude aussi, j'en suis sûre. Bon, et ce soir, je me couche la première, ou au contraire je tarde un peu ? Aïe, aïe, aïe …

1 : personnages de Quino, dessinateur argentin.
2 : son mari (NDLR)



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Mes débuts aux échecs

Je viens de prendre ma première leçon de jeu d'échecs. Un copain m'a expliqué comment positionner et déplacer les pièces. Plutôt complexe ! Les unes en diagonale, les autres en ligne.
Pour les pions, les deux selon le cas… Revenu à la maison je lis et relis les explications données avec mon jeu et je tente de les assimiler : encore des termes inconnus ou incompréhensibles au premier abord. Comme d'habitude. Ensuite, ne pouvant pas jouer seul, j'enregistre sur internet un jeu et je me lance.
C'est Lui qui qui commence. Je regarde. Le copain m'a dit d'occuper le centre. J'avance un pion. Première surprise : j'ai à peine déplacé mon pion que Lui a déjà joué ! Dès le début il veut me montrer sa supériorité, m'écraser psychologiquement. Je déplace un Cavalier. Bon… Puis un autre pion. "Coup illégal" accompagné d'une sorte de râle. Je réfléchis au pourquoi. Personne n'est là pour m'expliquer. D'un côté, ce n'est pas plus mal de trouver seul l'explication. Ah, oui, il faut aller tout droit. Soudain je vois sa Reine faire un grand bond et se positionner prés d'un de mes pions. Je veux la croquer. A nouveau "coup illégal". J'obtempère. Il est du genre têtu, il ne discute pas. Je me triture l'esprit, je sors ma feuille où j'ai noté le propre de chaque pièce : c'est du condensé mais c'est plus lisible que le mode d'emploi. Ah, c'est vrai, le pion avance droit mais ne croque qu'en diagonale ! Soit.
Je bouge un cheval, pardon, un Cavalier. Il est pressé d'en finir car aussitôt j'entends "boum" et voilà que mon Pégase s'envole vers … son écurie, pas la mienne bien sûr. Je n'avais pas vu son Fou aux aguets. Je clique dans "partie : annuler le dernier coup". Il ne croit quand même pas que je vais Lui offrir mon Cavalier, non ? Il n'a qu'à me laisser respirer un peu ! J'essaie de déplacer un de mes Fous pour faire barrage à ses attaques, mais maintenant c'est son Cavalier qui avec un vrai crochet de rugbyman vient me le croquer. J'avais oublié son crochet en L à celui-là ! Meurtrier ! C'est bien fait pour moi, ça m'apprendra.
Je vois sur sa première ligne un déplacement bizarre du Roi et de la Tour accompagné d'un petit bruit "roque". Curieux. J'annule pour mieux revoir le coup. Il faut toujours imiter les grands maîtres. Et mon jeu s'appelle "Kasparov". Donc, la Tour est venue contre le Roi et celui-ci est passé de l'autre côté. OK... La voie est dégagée, je fais pareil. Je déplace ma Tour, mais je n'ai pas le temps de cliquer sur le Roi que Lui a déjà joué. Il m'agace à être aussi rapide. Il m'énerve. Il me presse, m'oblige à jouer vite. Je ne peux même pas réfléchir ! J'annule donc pour refaire mon coup. Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et je ne peux même pas râler, lui demander d'attendre un peu... Bon, je déplace le Roi de 2 cases. "Coup illégal". "M'enfin" se serait exclamé Gaston. Je suis le Roi, moi, ce que je fais ne peut pas être illégal ! Qu'il m'explique donc !
On va voir ça ! Mais j'ai beau m'échiner, ça ne passe pas. J'émets un son rauque. Est-ce que son Roi serait plus fort que le mien ? Ou c'est un tricheur. Il me déstabilise à la fin. Je vais perdre, à tous les coups. Je joue une autre pièce. Je découvre mon Cavalier, et sa Reine en embuscade vient me le croquer. Voilà, c'est bien ce que je disais, je suis déstabilisé ! Il m'empêche de me concentrer ! Et dans la foulée je perds un autre Fou avalé par sa Tour. Allons donc !
Alors, histoire d'avoir un coup de pouce, je clique sur "suggérer un coup". Et c'est à peine si je peux lire : c'est écrit en blanc sur une case blanche ! Je recommence en me dépêchant d'aller sur la case blanche pour qu'elle devienne rouge et que je puisse lire. Il n'est pas sympa avec les débutants… Youpi ! je Lui prends un pion. Il serait temps. Joie de courte durée. En fait il a sacrifié un pion pour me croquer ma Reine. La sienne en revanche s'approche de mon Roi. Un peu trop près, même.
La trahison vient souvent des femmes. Mais je me méfie. Je fais un pas vers elle et elle m'affiche "coup illégal, Roi en échec". Ben quoi, on joue aux échecs, non ? Bon, et alors ? C'est bien la preuve que mon Roi est inférieur au sien ! Elle est mal placée pour que je la croque. Il ne faut pas croire que même si on est Roi aujourd'hui on saute une Reine aussi facilement. Perdu dans mes pensées, j'entends comme un dérapage et c'est un Fou qui prend la voie des airs. Il y a de moins en moins de blancs, me dis-je fataliste.
Nouvelle surprise : un de ses pions atteint ma première ligne et... et, ... ai-je bien vu ? il se transforme en Reine ! Je clique à nouveau sur "annuler le dernier coup" pour bien voir ce qui s'est passé. Et à nouveau son pion devient bien une Reine. Si j'avais su ... le copain ne m'en avait pas parlé ... Une cachoterie pour mieux me gagner.
C'est plus dur de regarder tout l'échiquier que de conduire ! Sur ce je décide de m'enfoncer dans les lignes ennemies, j'ai besoin d'une autre Reine. J'entends alors comme une explosion suivie du message "échec et mat, les noirs gagnent la partie". En 4 ou 5 minutes. Plus fort que Kasparov qui met 4 ou 5 heures, lui !
J
e me demande si je n'aurais pas mieux fait de jouer à la réussite. J'avais déjà des bases.



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Mes "madeleines"

Je pense que tout le monde a sa "madeleine". Mais pas forcément une madeleine. J'en ai aujourd'hui deux, dont le souvenir remonte à peu prés à la même époque, quand j'avais 10-13 ans.
La mère de mon copain faisait une madeleine excellente. Enfin, pour le peu que je m'en souvienne cinquante ans après. J'étais grand et maigre et à la sortie des classes, ou plutôt le jeudi (jour de congé, à l'époque) ou le dimanche après midi je crois, je ne sais plus très bien, c'était avec un grand plaisir que j'allais chez lui la déguster.
Bien plus tard, j'ai découvert une autre madeleine qui pourrait la remplacer mais qui me ramène toujours à la première : c'est celle que je mange de temps en temps au petit déjeuner, à Llansá, sur la Costa Brava où je passe une partie de mes vacances d'été. Celle-ci aussi est excellente, mais quand elle vient d'une certaine boulangerie : une pâte dense, bien parfumée dans laquelle je plante mes dents avec délice et délectation.
En revanche je ne jette même pas un coup d'œil à celles vendues sous cellophane. Elles n'en ont que le nom usurpé et sont donc indignes de le porter. Ailleurs il est quasiment impossible d'en trouver de bonnes, à mon goût bien sûr. Alors autant attendre l'été, ou le printemps quand il m'arrive d'y aller.
Mon autre "madeleine", ce n'est pas une madeleine. Elle est tout autre, bien différente. Toujours à cette époque, à cet âge, nous habitions à Oujda, au Maroc et mon père était chasseur. Le dimanche il partait très très tôt. Et la veille, ma mère lui préparait un sandwich à … l'omelette aux pommes de terre. Et quand il revenait, le dimanche soir, ma sœur et moi, après un rapide baiser, nous nous précipitions sur la gibecière pour voir non pas le gibier qu'il rapportait mais s'il restait de l'omelette. Mon père comprit vite que c'était notre plus grand plaisir et se débrouillait toujours pour nous en laisser, ou tout nous laisser. Ah ! Quelles saveurs ! Elle avait voyagé toute la journée, avait côtoyé perdreaux et lièvres, alfa, lentisques et autres parfums du bled, et acquis un bouquet inimitable. Un délice.
Et ma vénération actuelle pour l'omelette date peut-être de ce temps là. Bien plus tard, quand je traversais l'Espagne pour aller en France ou inversement regagner le Maroc, dès que je le pouvais, je ne manquais jamais de demander une "ración de tortilla". Aux pommes de terre bien sûr. Et cuite à l'huile d'olive bien verte et forte, elle enchantait mon palais.
Certes, de temps en temps, il m'arrive d'en faire, mais, bon, vous l'aurez compris, ce n'est pas du tout la même. C'est autre chose, bien qu'elle soit préparée avec les mêmes ingrédients. Un amie, dont la mère est espagnole, en fait de temps en temps à l'apéritif quand elle nous reçoit, connaissant mon penchant pour ce mets. Elle est bonne. Mais, bon, disons … que ce sont les œufs qui ont changé, et qui ne sont plus comme avant. D'un côté c'est vrai, nous avions un poulailler, dont les poules nous donnaient des œufs "du jour", plus que frais, et quand nos parents sortaient le soir et nous laissaient, parce que nous étions plus grands, ma sœur et moi faisions "un concours", chacun préparait la sienne, tant nous adorions la tortilla.
En fait, si je remangeais aujourd'hui la madeleine de la mère de mon copain ou l'omelette qui avait séjourné dans la gibecière je serais peut-être déçu tant mon esprit a dû les magnifier. Mais aucune n'aura plus jamais ce goût de gibier à plumes ou à poils. Ainsi va la vie. Et Proust avait bien raison.

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La mort d'un porc

Dans un village (du Quercy) dont je ne veux plus me souvenir du nom (ainsi que l'écrivait Cervantès au tout début de Don Quichotte de la Manche) je viens d'être convié à assister et à photographier la mort d'un porc. Ce dernier n'était jamais sorti de chez lui et pour le faire monter dans la remorque il fallut finalement lui mettre la tête dans un seau, là où elle devait aller plus tard comme on le verra. Pour se dégager il recula, recula jusqu'à monter à reculons dans la remorque. Il fallait y penser. Quelques dizaines de kilomètres plus loin on le débarqua dans une nouvelle bauge et c'est là que je le vis, vivant. Je voulus lui tirer le portrait. Le coup de flash le figea. Puis il se remit à fouiner de son groin. Une autre photo. Là il me regarda fixement, plus longtemps, soutint mon regard de ses deux billes noires, presque durement. Il n'allait quand même pas sauter par-dessus le muret, qui n'était pas très haut, comme j'ai vu des taureaux dans l'arène franchir les barricades, ou faire valoir son droit à l'image. A-t-on déjà entendu parler d'un porc procédurier ? Sur ce Adrien, le tueur, arriva. Le porc ne devait surtout pas s'échapper. Muni d'une corde avec un nœud coulissant à un bout, un peu comme un cow-boy, et après quelques passes de torero mais sans la muleta, il arriva à la passer dans le haut de son groin de façon à bien le tenir. Il se mit à hurler pendant qu'il l'entraînait dehors. On m'expliqua qu'il criait car il n'était pas habitué à voir du monde ni à voir le jour.
Tué séance tenante, il fut suspendu aussitôt par une patte arrière à une fourche d'un tracteur qui attendait patiemment de jouer son rôle. On demanda au fils de plaquer un chiffon contre son sexe (c'était un mâle), ce qu'il fit en plaisantant, et les présents de rire également car on savait qu'il préférait les belles filles aux garçons. Et cela évita qu'Adrien et les participants/spectateurs ne soient arrosés d'urine : c'était sa dernière rébellion, son dernier mot (enfin, façon de parler). La mère s'approcha de suite avec un seau pour récupérer le sang, premier travail. Puis sans hésiter elle plongea son bras et se mit à le remuer pour enlever la fibrine et empêcher le sang de cailler. En attendant, il faisait un froid de canard et c'était nous qui nous caillions. Quand le porc eut fini de s'agiter, il fut couché sur une sorte de table en fer avec quatre bras, un peu comme une chaise à porteurs, afin de le porter sur une balance. Adrien déduisit le poids de la table, rajouta à vue de nez celui du sang. C'est là qu'on reconnaît le pro. Cela donna : 185 kg. Bigre ! Il l'avait estimé à 160. C'était un cochon bio, élevé à la farine de maïs. Il nous raconta – Adrien, pas le cochon, car son âme était déjà partie vers les bocaux et les boyaux – que le plus gros qu'il ait tué était une truie de 375 kg. Caramba ! Le double de celui-ci ! J'essayai de me l'imaginer non sans mal, un peu comme un hippopotame. Le père tata à plusieurs reprises le long de la colonne vertébrale pour savoir s'il était gras. Il jugea que non.
Puis le support fut déplacé, la balance enlevée, le chalumeau allumé et les poils brûlés, cramés, rasés, bref épilés. Tout y passa : on dit bien que de la tête à la queue tout est bon chez le cochon ! Les oreilles furent consciencieusement nettoyées, la corne des pattes bien chauffée pour être mieux enlevée et sous laquelle apparaissait une autre corne rouge… Le porc prit un coup de chaud et le tueur aussi. En une heure de temps il revêtit une belle peau toute blanche, toute neuve, à faire envie. Son couteau était plus efficace que mon rasoir !
Quand j'étais petit je me souviens d'avoir vu à Ax-les-Thermes (au pied des Pyrénées) ce travail : au bord des bassins d'eau très chaude, en pleine ville, les gens ébouillantaient les cochons. Le travail était beaucoup plus long, sûrement plus fastidieux mais certes plus convivial encore. On lui écarta les cuisses, on n'oublia pas la queue sans tire-bouchon… Il raconta que certains, aujourd'hui, au lieu de le brûler au chalumeau ou à l'eau chaude, préféraient le mettre sur un lit de paille sur un feu : les poils partaient aussi bien et de plus la viande prenait un goût de fumé. Puis il rangea son chalumeau et sortit un nettoyeur haute pression : un vrai pro, disais-je ! Il fut lavé, décapé, brumisé sous toutes ses coutures. Une belle peau de bébé, propre comme on n'a pas idée. Un vrai lifting ! Puis il écarta les cuisses arrières et les attacha aux deux bords de la table.
Et c'est alors qu'il aiguisa les couteaux. Des grands, des petits, aux lames fines, épaisses, étroites, larges, au manche noir ou marron. Toute une panoplie. Il coupa les deux jarrets avant, cela me fit une drôle d'impression. Puis il perdit la tête qui alla tremper dans un seau, mais pas le même qu'à sa sortie dans le grand monde. Il ouvrit le porc en deux et enleva précautionneusement tripes et boyaux. La vessie, bien sûr, qu'il jeta par terre sans qu'elle se perçât et le fiel, petite poche redoutable. Certains le gardent, le font sécher. Appliqué sur notre peau, il permettrait d'extirper les épines – paraît-il. Quant à la vessie certains la nettoient et la remplissent de graisse, et l'hiver elle sert en cuisine en remplacement de l'huile : on y coupe des tranches, mais encore faut-il qu'elle ne soit pas dans un endroit trop chaud. On apprit que le porc avait dû avoir un coup de froid car un de ses poumons était collé à l'abdomen. Mais rien de grave, nous rassura-t-il.
Le tuyau fut déconnecté du nettoyeur et le porc subit alors un lavement intérieur à jet normal. Sa colonne fut coupée à la hache, à grands coups de hache. Le va-et-vient s'organisa vers les tables de l'intérieur où les femmes commencèrent à nettoyer les boyaux. "A chacun son travail et les vaches seront bien gardées" dit le dicton. Un jambon, un autre, une palette (son meilleur morceau, nous dit-il), des côtelettes, de la viande pour le boudin, d'autres morceaux pour le pâté, la saucisse … Bref tout y passa. Adrien fit des navettes lui aussi avec de grosses pièces qu'il parait à l'intérieur, sur une grande planche de résine qui depuis vingt ans en avait vu passer des longes et des rôtis, et qui lui servait de billot ambulant. Et bientôt la grosse bête fut réduite à quelques résidus à classer. Tiens, encore pour le boudin avec la tête. Qui n'en voudrait pas de celui-ci !
Je vis sortir le petit chien de la famille qui, profitant de ce que tout le monde était à l'intérieur, se dirigea mine de rien vers la bête, enfin les quelques menus restes de la bête. Je le suivis à pas de loup et je le vis laper un peu de sang, avaler un petit morceau de viande. Bourré de protéines, avait-il entendu dire. Il s'en lécha les babines avant d'être chassé. Lui aussi pouvait bien profiter du festin, devait-il se dire. Dedans, la cervelle fut récupérée et chacun de dire qu'il n'en avait pas beaucoup. Sûr, pour finir ainsi…
Finalement la lessiveuse mise sur un feu de bois depuis le matin et noircie par la fumée des ans n'avait pas servi. Le modernisme était passé par là.
Comme l'exigeait la tradition nous fûmes tous invités à boire un coup, et Adrien, et moi si je le voulais, à partager le repas. Mais pas de viande de ce porc car elle était trop fraîche et pouvait faire mal… Bon, si le pro le dit … Et puis notre tueur avait un autre cochon qui l'attendait, il ne s'agissait donc pas de s'endormir. Et là-dessus nous sommes tous quittés copains comme cochon.

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Bizarreries

Lu : "pourquoi gâcher son temps à préparer son avenir puisque le présent seul intéresse et comble".

Entendu ce matin à la radio : un patient à son médecin : "j'ai souvent connu le bohneur mais cela ne m'a jamais rendu heureux".

Tout le monde parle du prix Nobel de Le Clézio. Je crois que je n'ai rien lu de lui et c'est donc l'occasion. Je vais à la Maison de la Presse de mon coin, dans la France profonde, mais ils n'ont rien de disponible. "Bonjour dis-je, je voudrais commander un livre :" le Procès" de Le Clézio. J'entends la vendeuse dire "ouh la la". Je répète. Elle prend un bout de papier et me demande : "c'est de qui ?". Après précision, elle écrit "Le Claisio"… A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées.

Je viens de lire chez Houellebeck qu'un prophète avait rencontré un homme du futur. Un homme présent du futur ? Un homme qui aura une carrière ou un rôle important dans le futur ? Ou alors un homme qui se réincarnera dans une autre vie future ? Mais comment le savoir au moment présent ? Ah ces Prophètes …

A la cafétéria, la fille prend quiche lorraine et cuisse de poulet-frites. Elle mange et la quiche et presque toutes les frites, et, rassasiée, goûte à peine le poulet. La mère "je t'avais dit qu'avec la quiche il y avait trop de protéines". C'est la mère qui finit les frites et le poulet. Un conseil bien utile.

Le dernier hôtel 3* (!) où on vient de dormir. Tout était mini : ascenseur pour 4 personnes, mais à 2 et un sac c'était complet et on devait même se pousser pour que la porte puisse se fermer. La salle de bain aussi : quand l'un était à la toilette l'autre ne pouvait pas entrer, aller à la douche ou en sortir. Mais pour se rattraper, la note était sur une grande feuille, elle.

Gag. Dans un Flunch où on vient de manger, un voisin de table souhaite "bon appétit" à sa femme mais sans la regarder ; je lui réponds "merci" avec un grand sourire. Désagréablement interloqué il me regarde et je continue à manger, avec bon appétit.

Quand j'étais bien plus jeune, mes parents avaient un poulailler. Ma mère y ramassait les œufs du jour. Quand elle les utilisait, certains avaient jaune et blanc mélangés. Elle ne comprenait pas, car ils ne pouvaient pas être plus frais. Mais j'avais pour habitude d'en envoyer en l'air en les faisant tourner. La révolution ovale me plaisait …

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Une compagnie

Ah, il est revenu ! il vient d'arriver ! C'est la première fois que je le revois. L'été finit à peine qu'il me fait l'amitié de me rendre visite. Et tout comme l'an passé, avant qu'il ne disparaisse, il n'est ni farouche ni sauvage. Sa migration ne lui a pas fait perdre sa témérité. Dès qu'il m'entend gratter le sol il s'approche. Je suis heureux, sa présence quotidienne va égayer mon travail. Il ne manquera aucun des rendez-vous, je le sais. Il est beau, je l'aime beaucoup. Je suis agenouillé dans le jardin, en train de désherber et sa nature le pousse vers moi, tout près, à moins d'un mètre. Et on le dit agressif ? Il attend que je m'écarte pour venir y retirer quelque nourriture. Il suffit que je remue le feuillage de quelques arbustes et le voilà dans les parages. Il accourt, enfin façon de parler, dès qu'il me voit. Habite-t-il dans mon jardin ou dans les fourrés voisins ? Je ne saurais le dire. Il me tient compagnie, rompt mes pensées. J'arrête mon travail pour le voir évoluer, sautiller de branche en branche, comme s'il dansait sur un rythme au tempo rapide. Il me semble entendre une musique qui l'accompagne. Certes, il n'est pas seul à avoir cette vivacité, cette attirance, mais il est vraiment le seul à s'approcher d'aussi près. C'est un ami, mon ami. Jamais apeuré, il est à moitié apprivoisé. Mais si je décidais de l'apprivoiser encore plus ? Je pourrais déposer des graines ou des miettes de pain à l'endroit où je trifouille la terre, puis je m'éloignerais pour le voir voleter, les picorer. Et à chaque fois qu'il me rendrait visite j'en disposerais quelques unes. En fait je pourrais créer un réflexe de Pavlov : il gratte la terre, donc il y a de quoi manger, donc je viens. A la belle période manger ne manque pas, mais quand l'hiver viendra, et cela ne saurait tarder, il sera peut-être heureux de trouver lombric, graines ou fruit sans avoir à gratter un sol dur. Il me faudra prêter attention à mon chat. Le voilà qui revient et je décide de l'observer en détail : ce n'est pas facile, il agite ses ailes et sa queue en permanence. J'ai juste le temps de voir deux petites perles très noires qu'il disparaît dans un buisson … Ah, il est là à nouveau. Il s'approche encore. Son plumage est gris, plus foncé sur les ailes. Ses pattes sont fines, graciles et brun clair. Mais c'est son poitrail qui plaît au regard : orangé foncé tout comme sur le dessus de son bec brun foncé. Son chant très doux me plaît, ses gazouillis sont courts et s'arrêtent brusquement, c'est un accompagnement très agréable pour celui qui veut se détendre. Est-ce un mâle ou une femelle ? Qu'importe ! Sa présence familière est ce qui importe.


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Le pain

En ce début de septembre nous partageons un appartement pour une semaine. Chacun a une tâche à réaliser. Je me propose d'aller chercher du bon pain frais chaque matin. C'est quand même plus savoureux que du pain rassis de la veille même passé au grill pain. Cela oblige à " calculer " pour qu'il n'en reste pas le soir, ou pas trop. Mais aujourd'hui je ne me suis pas réveillé. Et c'est en entendant ma belle-sœur aller et vaquer que je me suis levé. Rapidement habillé je sors. Environ huit minutes de marche pour arriver à la boulangerie. Il n'est pas question d'y aller en voiture. Il y a trop de circulation et de plus cela fait du bien : j'applique la devise " manger – bouger " . En fait je marche, oui, mais comme un zombi. Le trottoir est ce matin pour moi comme le fil des funambules et il me faut presque écarter les bras pour conserver mon équilibre. Je n'ai pas eu mes quelques minutes nécessaires pour bien me réveiller avant de me lever.
Je sors d'Héraclée notre résidence et je passe devant la Mistralée, drôles de noms ! puis devant un restaurant qui affiche son menu sur le trottoir : entrecôte charolaise. Tiens, comme hier, me dis-je ! Ils n'ont pas changé de menu ? Plus loin une maison ancienne offre une façade encore couverte de vieux carreaux bleus de faïence. Je remarque que les commerces sont déjà ouverts et ont nettoyé leur devant de porte. Il n'est pourtant que 8h.
J'arrive à la boulangerie, deux jeunes filles me reçoivent avec un adorable sourire, ce qui me réveille un peu plus. J'adore goûter les différents pains de la région et je demande aujourd'hui un paillasse rustique (je ne sais pas encore à quoi ça ressemble) … tiens, cela me donne une idée, je vais proposer cette question au jeu des 1000 euros … et un beau pain complet bien torsadé, très appétissant que je vois sous mon nez. En vitrine des guêpes vont et viennent. Je suis surpris. Une petite affichette précise "  pas des guêpes, des abeilles ". Bon, d'accord, des abeilles ! Je m'informe : il y en a chaque année au moment des vendanges. Hier on m'avait chargé d'acheter un pain aux olives et j'avais pris aussi un pain aux noix qui n'a eu aucun succès. J'ai droit à deux autres beaux et grands sourires quand je m'en vais. Fichtre ! Je pense à ma boulangère qui n'est pas aussi rayonnante !
Sur le retour le menu vient de changer : côtes d'agneau frites. L'écriture est belle sur fond de tableau bien propre, bien nettoyé. Un peu plus loin j'ai un petit choc : je croise une fille avec son cartable sur le dos. Eh oui, c'est lundi, je l'avais oublié ! Je viens tout juste de prendre ma retraite et cela me fait tout bizarre ! Ce " supplément " de vacances m'avait fait oublier ma nouvelle condition jusqu'à ce que je la croise ! Je vais y penser toute la journée.
Dans la cour d'Héraclée je croise un homme qui me salue d'un " bonjour " assez sec. Je réponds de la même façon. Dix mètres plus loin je rencontre une femme, plutôt élégante, qui au passage me dit " bonjour monsieur ". Je lui retourne un " bonjour madame " plus poli que l'autre salutation. De loin elle semblait assez jeune. De prés son visage accuse les effets du soleil et aussi de l'âge … Mais elle est plutôt jolie à voir. Je sens que je retrouve tous mes esprits.
Après 17-18 minutes de marche j'entre. La table est mise mais tout le monde n'est pas levé. Eux aussi étaient-ils fatigués ou attendaient-ils au lit l'arrivée du pain ? On avait tant parlé du paillasse que tout le monde en prend, et en reprend sans regarder l'autre pain torsadé. Il est encore tout chaud, tout tendre et en peu de temps il n'en reste que quelques miettes. En reprendrai-je demain ? C'est possible, mais je suis comme ces abeilles, j'aime bien butiner tous les pains ...

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La mer

C'est l'été. Le soleil s'est levé depuis quelques heures et la mer brille, étincelle de mille étoiles qui m'aveuglent. Je déjeune sur ma terrasse orientée vers l'est. La mer s'installe au fond de moi, laisse mes yeux rêveurs s'égarer dans les lointains, se noyer dans l'immensité bleue ou se briser sur les récifs, et me procurer le meilleur des petits-déjeuners. C'est un bonheur. Vivant au centre de la France, quand je suis ici je ne me lasse pas de la regarder à toute heure du jour et de la nuit. Elle me manque beaucoup. Ce matin des chemins bien perceptibles la parcourent, signe d'absence de vent. Quelques voiliers passent lentement à contre-jour, leurs voiles bien blanches et leur coque toute noire, comme pour se faire envier. Ils cherchent le vent. Une barque catalane de pêcheurs vient poser ses filets laissant derrière elle une traînée ajoutant un autre chemin. Son teuf-teuf très caractéristique me renvoie vers des étals de poissons frais. Les goélands ont quitté leurs refuges et planent tout prés de moi pour mon plus grand plaisir. Ils vont et viennent, tantôt immobiles tantôt donnant de temps en temps de petits coups d'ailes. Je perçois les premiers cris qui montent de la plage : ma terrasse surplombe la crique de plus de 70 mètres. J'aperçois son eau cristalline, son fond très transparent ce matin, que j'aime gratter de mes pieds pour voir les oblades picorer quelque nourriture que j'ai pu soulever. Elles me piquent parfois les jambes. Elles ressemblent aux daurades avec leur tâche noire entre le corps et la queue.
Ce sera bientôt l'heure où les premières risées apparaîtront. Le bleu sera plus sombre, moins luisant. Hier, le ciel était légèrement voilé et se confondait avec la mer beige aussi, oui beige. On aurait dit une marine que de minuscules insectes sillonnaient. Le soleil passant à travers les quelques nuages posait à la surface de larges tâches éblouissantes. Je lâchai ma tartine pour prendre l'appareil et en faire une photo. Sur le bureau de mon ordinateur elle me procurera un grand réconfort de retour à la maison ou au creux de l'hiver. Je guette : une régate de petits voiliers pourrait apparaître.
Demain le temps changera. Une tramontane faible soufflera. La mer posera sur les rochers une fine dentelle blanche. Je la sentirai palpiter. Elle balayera son doux parfum iodé qui monte jusqu'à moi. Et les jours où le vent souffle fort, ses lames partiront à l'assaut des îlots de la côte rocheuse. Ce ne sera plus une fine dentelle. De grandes gerbes bondiront vers l'azur sans jamais l'atteindre. L'eau sera aussi plus sombre. De beaux moutons l'égayeront. Je les suivrai contemplatif s'amuser à se poursuivre, à se faire et se défaire, laissant derrière eux une écume bouillonnante blanche. Je deviendrai leur berger du haut de mon promontoire. Ce sera le moment de parcourir cette côte encore sauvage par endroits. Du haut des crêtes le contraste sera saisissant et magnifique : une nature sèche et fauve, des rochers sombres, une eau d'un bleu profond et l'écume blanche tranchant sur les autres couleurs. La route tortillant vers les hauteurs y offre un spectacle haut en couleur.
Mais quand le vent n'est pas trop violent j'aime parcourir le chemin de ronde qui passe à peine au-dessus des vagues. Leurs effluves sont franches. Quelques embruns plus hardis déposent des perles de sel sur ma peau brunie. J'aime écouter la mer jouer sa mélodie aux sons graves quand elle s'engouffre dans un creux de falaise. C'est tout prés d'elle qu'on peut écouter sa musique. Chaque vague va et vient et bondit à l'approche de la côte. Il m'est arrivé de la voir toute blanche tant la tramontane était forte et il n'était pas question de se promener si bas.
Ce soir, au coucher je serai à nouveau sur ma terrasse. La côte se teindra de couleurs mordorées. Le phare contemplateur et complice aussi m'enverra des clins d'œil. Peut-être qu'un nuage rosé se reflètera et soulignera les derniers chemins. A l'horizon une bande de brume donnera ses ultimes couleurs avant qu'elle ne se confonde avec le ciel, pour la nuit.
La mer change, calme ou furieuse, claire ou foncée. Mais je peux passer des heures à la contempler, poussant ma rêverie à plonger dans le vide et mon regard à naviguer vers l'infini horizontal. Elle est apaisante, elle est jolie. Elle me procure la même ivresse depuis ma première jeunesse. Je me dis qu'à la regarder toute la journée je vais devenir marin. Un peu.

 

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Un jour de brocante

Je suis née il y a 9 ou 10 ans, je ne me souviens plus très bien. Ma mère m'allaitait ainsi que mes frères et sœurs. Je ne crois pas avoir rencontré mon père. Et puis un jour on me mit dans un carton, avec un frère ou une sœur, mais je ne savais pas encore que je ne les reverrais plus. J'ai voyagé dans le coffre d'une voiture et on m'a descendue sur le quai d'une rivière. Je pris peur car on ne m'avait pas encore appris à nager. Par dessus le carton J'ai vu des livres, plutôt vieux, et beaucoup d'objets, tout aussi vieux. Les gens ne cessaient de passer en disant "Oh, regarde comme il est mignon. On dirait Félix". Félix, je ne connaissais pas mais j'étais une petite boule de laine, tremblotante. On me caressait du bout des doigts, comme si j'allais mordre ou griffer.. Et puis un couple d'une cinquantaine d'années s'est arrêté et après une discussion avec mes "parents" me prit dans les mains. Elle me trouvait adorable. Lui semblait plus réservé. Je compris que c'était pour leur fille. Et je me suis retrouvée dans un autre carton et dans le coffre d'une autre voiture et au bout du voyage dans une autre maison totalement inconnue. Il y avait une troisième personne plus jeune qui de suite me prit dans ses bras. Elle me couvrit de baisers et ne cessa de me caresser. "Mais il lui faut une litière … Elle n'a rien à manger … Si, donnons-lui du lait". C'était bon, mais pas comme celui de ma mère. De toute façon, je n'avais pas très faim. La fille décida de m'appeler Minie. Plus tard la litière arriva, on m'indiqua son emplacement. Je me mis à explorer la maison. J'avais du mal à monter ou à descendre les trois marches entre la cuisine et la salle à manger et j'entendais rire en me voyant faire.
Je commençais à m'habituer à la maison et à ces gens qui étaient très gentils avec moi, quand un jour la fille m'emmena chez elle. Allons bon, encore une maison mais sans jardin celle-ci. Elle m'aimait beaucoup, comme son bébé. J'y suis restée un an, je crois, et elle me ramena chez ses parents. Elle ne devait pas m'aimer tant que ça pour me rendre. Et le temps s'écoula. Un été la fille me reprit chez elle. Une autre maison. Et un mois après elle me ramena. Tiens mes vacances sont terminées, on me ramène à la maison. Le temps continua de passer. Je prenais de l'assurance, je parcourais le jardin. Et quand j'attrapai mon premier lézard, le père mécontent me gronda. J'en attrapai un autre. Il me gronda encore. Un jour je lui apportai ma première souris, alors il me félicita et me caressa. Je ne comprenais rien.
Je vivais heureuse, mais la proximité de la route me faisait peur. Il faut dire que j'étais assez craintive et je me gardais bien d'y aller, lui préférant les grands champs qui s'étendaient derrière et m'offraient de larges territoires de chasse. Ils me grondaient quand je faisais mine d'aller sur la route et me racontèrent qu'ils avaient déjà eu un chaton qui n'avait survécu que 15 jours, et un soir le père était allé le ramasser sur la route. Je compris donc que c'était un endroit très dangereux. Les voitures passaient très vite en faisant beaucoup de bruit.
Plusieurs mois après la fille revint avec un chaton tout roux. Ah, c'est bien ce que je disais, elle ne m'aimait pas sous ses airs de fille très câline. Elle préférait cette vilaine pelote qu'elle appelait "Caramel". Et elle l'amenait chaque semaine quand elle venait manger. Il m'a bien fallu composer. Mais il était très joueur et il rompait un peu ma monotonie. Elle le laissait de plus en plus longtemps. Et un jour il disparut. Ils le cherchèrent d'abord sur la route, puis sur les bas-côtés, plus de Caramel ! Ils soupçonnèrent les gitans de lui avoir fait la peau, pour sa belle fourrure toute rousse. Il ne tarda pas à être remplacé par "Chouka" (voir article plus bas). Cela confirma qu'elle ne voulait absolument pas de moi. Après tout, j'étais très bien ici. Je fus une mère pour lui. Et surtout j'essayais de lui inculquer la peur de la route. Mais il était trop vadrouilleur, indépendant, et n'en faisait qu'à sa tête. Bref, quelques temps plus tard il fallut aller le chercher sur la route. Pour se consoler de son chagrin elle adopta "Chichou" que lui donna son frère de Toulouse. Son pelage n'a rien de particulier, mais il a de très beaux yeux, c'est vrai.
Quant à moi, j'eus bien des aventures amoureuses. On me rendait souvent visite, et ma foi cela me convenait bien. Et puis un jour mon ventre prit des rondeurs. Je me sentis transformée. Hélas. Mes petits naquirent morts. Pour me consoler je me dis que ceux-là ne connaîtraient pas l'aventure du carton. L'année suivante davantage de matous me prirent d'assaut. Mais cela faillit finir aux enfers. Je mis bas encore des chatons morts, à moitié pourris. Je me sentais mal, comme fiévreuse. On me mit dans un carton et dans un coffre de voiture, encore, et je me retrouvai sur une table, devant un grand escogriffe vêtu de blanc. Il me piqua … et quand je me réveillai j'avais un grand pansement sur mon ventre. Tous les félins du monde pouvaient me courtiser, je ne risquais plus rien.
Je mène maintenant une vie paisible de chats, passant les nuits d'été à courir le mulot et celles d'hiver sur le lit aux pieds de ceux qui m'ont adoptée pour leur fille un jour de brocante.

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La mondialisation


Je me suis marié à une Belge et il m'arrive donc de monter en Belgique pour y passer quelques jours. Dernièrement, je participai à une discussion et je décidai de les bousculer une fois. Depuis le début de la soirée, ils donnaient tous les prix en francs belges. Alors je me fis le trublion en leur demandant si la Belgique faisait partie de l'Europe. C'était comme si on demandait à un Français si Paris faisait partie de la France, ou si le Tanganyika était bien en Tanzanie ! Il y eut un moment de flottement et les sourcils se froncèrent avant de me répondre "ben oui !". Sans tarder je poursuivis mon escarmouche : "en quelle monnaie payez-vous ?" On me regarda de travers. Je vis qu'ils me considéraient comme le dernier de la classe, l'arriéré inculte qui autrefois était prés du chauffage. "En euros, bien sûr". Alors vint la question finale : "alors pourquoi ne parlez-vous qu'en francs belges ?" Surpris, peut-être parce que j'étais le premier à leur en faire la remarque ils me répondirent en choeur que c'était "par habitude". Cela faisait pourtant 6 ans ! De plus tous étaient commerçants ! Je me dis que, soit ils adorent leurs francs, soit (et c'est vrai) la conversion pour eux (par 40) est beaucoup plus facile que pour nous qui devons multiplier ou diviser les mêmes euros par 6,5567 (et j'arrondis…). J'accompagnai même un jour un ami faire des achats, et quand je lui demandai combien il avait payé l'objet, sans réfléchir (il avait dû le faire avant) il me donna le prix en francs belges. Je lui en fis la remarque. Alors ils firent un petit peu plus attention pour que "le petit français" comprenne mieux. Mais ce n'était pas naturel. Et le lendemain, rebelote.
Combien de temps nous français avons-nous mis à nous "débarrasser" de nos anciens francs ? Et moi qui pensais naïvement qu'avec l'euro ce serait plus simple ...
L'autre jour, je suis allé au "Shopping center" (notez le nom) de Woluwé dans la banlieue bruxelloise.. J'ai voulu jeter un papier et m'approchant de la poubelle j'ai constaté 3 compartiments. "Tiens, c'est mieux que chez nous" pensai-je. Mais en lisant les inscriptions, j'éprouvai encore de la surprise : "paper - plastic - other". En anglais ! Dans la rue on trouve aussi de grandes publicités écrites en anglais. Fichtre ! Est-ce que la Belgique aurait fait partie du Commonwealth ? Serait-ce pour cela qu'elle était indépendante depuis 1831 ? On m'expliqua que c'était une façon d'éviter le problème lingüistique entre les Wallons et les Flamands. En rajoutant une autre langue neutre ! Neutre ? Enfin, si on peut dire…
En venant en Belgique on pense rester en Europe, mais on change quand même de planète. C'est le charme des voyages. Ou est-ce ce qu'on appelle la mondialisation ?


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Le chat

Par la porte ouverte entre une longue traînée de soleil. C'est le printemps, c'est donc la renaissance. Cela fait du bien de revoir ce beau soleil, et de savourer sa caresse. Face à elle, je suis assis dans le canapé. Logiquement ici il ne peut y avoir qu'un 6 et donc là sur la même ligne qu'un 8. J'aurais peut-être été mieux dehors. Je lève la tête et je vois une petite ombre se profiler à contre-jour. Elle s'approche lentement mais majestueusement. C'est notre chat. Il passe à mes pieds, lève la tête pour s'assurer que sa place est libre et qu'il peut sauter sans problème pour se couler entre moi et le repose bras, comme dans un nid.
Et le voici en train de faire des mamours sur ma poitrine. C'est un geste curieux. Parfois ses griffes percent mes habits et me piquent la peau. Alors du coude je l'aplatis contre moi et il se met à ronronner. Mais là je me pose une question : vient-il sur moi pour moi ou pour lui ? A-t-il une soudaine envie d'être câliné, ou son instinct de chat sait qu'il me rend plus heureux, que j'aime bien sa présence à mes côtés ? Et alors, serait-ce calculé, espérant en retour quelques retombées : de meilleures croquettes, une pâtée plus savoureuse ou plus copieuse, ou une permissivité accrue ?
Je continue ma grille, j'attaque un autre carré. Je le caresse aussi. Nous nous regardons, mais nous comprenons-nous ? Ici un autre 4. Le soleil est vraiment radieux. J'aurais dû me mettre dans le jardin. Mais il ne serait peut-être pas venu sur moi. Il n'est jamais venu sur mes genoux quand je suis dans le jardin. Subitement, sans que je sache pourquoi, il bondit sur la table du salon. Il s'assoie et entreprend un brin de toilette. Il me regarde, pour me demander si j'ai compris son changement de lieu. Il me fait alors penser au chat de Muriel Barbery dans "l'élégance du hérisson" : une grosse outre à croquettes de luxe qui n'a aucune interaction intéressante avec les personnes. La preuve : il a quitté son petit "nid" pour aller plus loin, en face de moi. Il a la peau du ventre qui traîne presque sur le sol, ayant été opéré : c'est une chatte, elle n'arrivait pas à mettre bas correctement, ses petits naissant morts. Assise, cela se voit moins que quand elle marche.
Une patte passée derrière l'oreille semblerait annoncer la fin du beau temps. Je le regarde interrogatif, car je n'y ai jamais beaucoup cru. On dit aussi qu'un chat, c'est propre. C'est peut-être vrai. Mais sa langue doit être sale, alors, puisqu'elle ramasse tout ce qui traîne sur son pelage. Bon, et quand il nous lèche le bout des doigts ? Je me mets à douter.
Je connais des gens qui, dès qu'ils voient un chat, s'arc-boutent et commencent à leur parler comme ils parlent à des bébés, de façon infantile. En ces occasions, les chats restent totalement indifférents, bien plus matures que des adultes. Au mien, il lui arrive de se rouler par terre quand je reviens. C'est sa façon de me montrer son plaisir de me revoir, enfin c'est ainsi que je le perçois. Alors, oui, je m'arc-boute pour le caresser et lui parler, c'est normal, non ?
Alors, aussi brusquement que lui, je me lève et vais continuer ma grille dehors. Avec ce chat, je n'arrive pas à me concentrer. Je lui tire la langue. Il me montre sa pure indifférence !


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Histoires de bouts et de bouddha
( ou petite visite de la Thaïlande)


C'est par Abu Dhabi, boudi,
Après avoir pu joindre les deux bouts,
Que, de bouts de vol en bouts d'attente,
Nous allâmes à l'autre bout du monde,
Debout quand tout le monde est couché,
Couchés quand tout le monde est debout.
De bout en bout : bouteilles bien bouchées,
Mais, ni noir ni blanc, point de boudin.
Seulement, grâce au riz, quelques bourrelets.
Et de boutiques en boutiques
Nous vîmes des bouts en teck (pas en bambou)
Que les dames ne surent par quel bout prendre,
Sauf Hilda, qui ne les bouda pas !
Nous n'eûmes pas de bout en-train
Quand nous fîmes un bout en train.
Mais j'eus peur quand je fus sur l'éléphant,
en voyant le bout de son bout,
Qu'une femelle vînt se mettre bout à bout,
Ouf ! moi sur lui, nous fîmes notre bout de chemin.

On ne bouda aucun bouddha :
On parla au bouddha parlant,
Langue de bois dans un corps de pierre.
On marcha vers le bouddha marchant
Stoïque dans sa roche séculaire.
Et devant le bouddha couché
On resta figés comme un piquet.
Bref, de bouddha en bouddha,
Kookai, la guide, nous mena par le bout du nez,
Et nous vîmes tous les temples de la Thaïlande.
A tout bout de champ notre bout de guide
Nous apprit le bouddhisme à bout portant.
Elle nous enseigna le sens des positions des mains,
dommage, pas des bouts,
Et nous sûmes tout sur le bout des doigts :
C'était bien simple au bout du compte.
Et quand nous tînmes le bon bout
Du voyage et pas du bambou,
Et que nous fûmes tous à bout,
Mon bouquet d'orchidées à bout de bras,
Mais sans bouddha doré ni bouddha noir,
Nous rentrâmes chez nous, à bout d'habits.


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Un gigolo

Le compagnon d'une de mes amies n'est vraiment pas comme les autres. Il n'a jamais d'argent sur lui, c'est sa nature, il l'oublie toujours à la maison. Et s'il passe devant un guichet automatique, là c'est la carte qu'il n'a pas. C'est vraiment la faute à pas de chance ! Au début de leur liaison, cette amie voulait aller au restau, ou boire un café, ce qui est normal entre amoureux (ils ont 59 ans), et c'est elle qui devait " avancer ". Je te rendrai l'argent demain ... Jamais vu la couleur. La première fois, ça surprend, mais bon, on ne le connaît pas bien encore. Deux fois, c'est bizarre. A trois on réalise. Du coup, elle ne lui propose plus de sortir et lui se sent frustré. Elle aussi d'ailleurs. S'ils sortent (pas souvent), quand arrive la note elle met la moitié dans l'assiette. Et lui se sent obligé de payer sa moité. Sa moitié mais pas pour sa moitié. Imaginez le déchirement pour cet homme, cela doit être épouvantable. Mais il doit déjà chercher l'occasion de se rattraper, sans nul doute ! Elle est vraiment sans coeur, elle ne le comprend pas, elle ne l'aime pas ... Récemment une tornade a emporté le toit de la maison où elle vit et l'assurance le lui a remboursé 2 fois, par erreur. Elle le lui dit. Que n'avait-elle pas dit ! Il lui conseille de ne rien dire et s'empresse de lui réclamer une moitié pour faire réparer sa voiture. Une autre fois il lui demande si elle n'a pas un "vieux" sac, pour sa fille. Elle lui donne un vieux Chanel assez usé. Deux trois jours après il lui dit que finalement il ne lui convient pas et qu'il va le lui rapporter. Tu fais bien, lui répond-elle, car il est numéroté et vaut de l'argent. Que n'avait-elle pas dit là ! Non seulement il ne le lui a pas rendu mais il lui a même demandé si elle connaissait une boutique où il pourrait le revendre ! Un sacré toupet ! La vie du gigolo est très dure, il faut qu'on le sache : il lui faut assurer le quotidien, l'avenir aussi, sait-on jamais : vivre aux dépens de celles (et ceux) qui l'écoutent n'est pas si aisé qu'on le croit. Alors, se sentant oublié, très souvent il quémande : tiens, chou, tu ne peux pas m'acheter cet imperméable. Il est super et je suis persuadé qu'il m'irait bien. La prendre par les sentiments. Quelle femme n'aime pas sortir avec un homme bien habillé ? Ou bien une paire de chaussures quand ils passent devant une boutique, la sienne (comme par hasard) est usée et prend l'eau. Si elle refuse, cela lui arrive, il va même jusqu'à se fâcher, il ne comprend plus ! Il boude, ne revient plus de quelques jours. Une autre fois, c'est un matelas, car le sien est fort abîmé. Le sien ? Le sien ?? Mais lequel ? Il est divorcé, vit chez une autre femme, mais il continue à voir son ancienne femme, et mon amie bien sûr, quand elle veut bien. Elle sait pourtant qu'il vit " sur " trois femmes. Ah qu'il est doux de fermer les yeux dans ces moments-là ! Peut-être que les deux autres les ferment aussi ? Il y a quelques temps elle s'est fait opérer. Il n'est pas venu la voir. Pas d'essence dans la voiture. Pas une fleur non plus. Pas du tout habitué, et pour cause, il n'a même pas pensé à des chocolats, ça fait toujours plaisir pourtant. Dernièrement elle est allée s'acheter une petite table en teck pour le jardin. Ce brave homme le lui a reproché en lui demandant si elle n'aurait pas mieux fait d'épargner pour lui acheter des lunettes. La vue c'est quand même primordial, non ? A quoi pense-t'elle ? Mais trouvera-t'il des lunettes qui lui rendent une vue "normale" ? Ses frères et sœurs (à elle) ont bien essayé au début de le lui faire comprendre, de la raisonner, mais leurs arguments ne valaient pas leur pesant d'or (si je puis dire) face à la solitude. Du coup elle ne fréquente plus que ceux qui ne la critiquent pas. Pourtant elle n'hésite plus maintenant à s'afficher avec lui. Peut-être parce qu'il ressemble à Clint Eastwood et qu'elle a l'impression de jouer dans "une poignée de dollars" ?

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Chouka

Je dois avouer que je "ne suis pas très chat". Trop indépendants. Trop peu communicatifs… J'ai toujours été entouré de chiens (de chasse) depuis ma naissance et ils étaient autrement plus relationnels que les chats. Et puis est arrivé Chouka. C'est le chat de ma fille depuis 8 ou 9 mois. Elle habite à peu de kilomètres un petit appartement. Quand le chat tournait en rond, elle nous l'apportait porqu'il se dégourdisse les pattes. Il retrouvait "Minie", la première chatte qu'elle nous a laissée … définitivement (quel grand coeur !) quand elle est partie travailler à Toulouse. Chouka passait donc presque tous ses week ends chez nous, dans sa "résidence secondaire" à la campagne. Qu'il était heureux ! Un grand jardin ! Des arbres où monter. Des oiseaux à courser. Des souris ou mulots à attraper. Bref, un chat comblé et cela faisait plaisir à voir. Il nous le rendait bien en remerciements. Et ce chat, je me pris d'affection pour lui. (Une fois n'est pas coutume).
Lui était très affectueux. Pas comme notre "Minie", distante, peureuse des voitures, de tout (d'un coté, tant mieux, vous comprendrez pourquoi). Quand j'étais dans le jardin, il me suivait pas à pas. Si je plantais ou grattais la terre, il était là à renifler ou vérifier si je le faisais bien. Si je dépliais des plastiques pour mieux les replier, le bruit et le mouvement l'intriguaient et il jouait à s'y enfermer (c'est vrai, je l'aidais un peu). Il fallait même que je le chasse (un comble) quand je traitais mes arbres ! Curieux de tout, comme pour récupérer le temps passé dans son appartement. Quand je me reposais, il venait se frotter à moi et poussait de sa tête ma main pour que je le caresse. Il quémandait les caresses. Très affectueux, disais-je. Chouka me réconciliait avec les chats.
Hier je nettoyais un pulvérisateur à un robinet, séparé de la route par un muret surmonté d'une grille. L'eau lui fit peur et il s'éloigna. 15 secondes plus tard, pas plus, deux petits miaulements rauques attirèrent mon attention. Je vis même Minie dresser les oreilles. Bizarre me dis-je. Pour voir ce qui se passait, j'ouvris le portillon. Chouka était allongé au milieu de la route dans sa robe caramel/fauve. Il n'avait jamais eu peur de la route et n'hésitait pas à franchir cette barrière. Je le pris dans mes bras et le couchai sur la table. Il haletait faiblement, poussait de tous petits cris, sans me reconnaître évidemment. Quelques convulsions secouaient encore son corps. Mais il était déjà ailleurs. Un peu de sang coulait de son nez. Je ne cessais de le caresser, de lui parler pensant que, s'il "n'était que dans le coma", mes caresses le réveilleraient. Comme tout peut basculer rapidement. Cela dura 10 minutes à peine mais la peine était vraiment pour moi. Une hémorragie interne, nous annonça plus tard le vétérinaire. Et moi qui l'aimais tant ! C'est moi qui suis allé le ramasser sur la route, l'ai accompagné par mes caresses vers son sommeil éternel. Et dernier supplice, je devais l'annoncer à ma fille qui venait le récupérer le soir ( le week end était fini).
Certes, "ce n'était qu'un animal", mais cela n'empêche pas d'y tenir, de "l'aimer" et d'avoir du chagrin, surtout dans ces conditions. Une "simple disparition" eut été moins douloureuse. Il n'est pas sûr que son prochain chat soit aussi câlin. Serait-ce à nous de le rendre aussi affectueux ?

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Catherine               


Dernièrement ma femme et moi sommes allés à la mer, à l'atlantique et nous avons emmené avec nous Catherine. Cathy pour les intimes. J'avais le " choix " entre Catherine et François. J'ai préféré Catherine. Qui me connaît n'en sera pas surpris. Ma femme était d'accord. Elle est adorable ( Catherine). Elle a une culture (géographique) énorme. Elle sait tout. Et rarement se trompe dans ce qu'elle affirme, ce qu'elle conseille. Remarquez, François aussi, il en sait autant. Mais bon, Cathy … c'est Cathy. Et puis François et ma femme …
Elle ne se fâche jamais, ne monte jamais le ton, même quand je ne l'écoute pas. C'est vrai, elle n'est pas marrante car elle ne rit jamais. Mais c'est sa connaissance du " terrain " qui a fait que nous l'avons emmenée. Elle parle quand il faut, jamais trop, juste à propos, ne proteste jamais et ne râle encore moins. Ce qui en fait une compagnie très appréciable. Par exemple, elle ne dira rien, mais rien du tout pendant 100 km voire 150. Non, elle ne dort pas, elle regarde, elle veille, elle surveille. Et même si on lui pose une question, elle ne répond pas, sibylline. C'est ce côté qui est parfois un peu agaçant, mais nul n'est parfait.
Et quand soudain elle intervient, sa voix grave, posée nous fait sursauter, surtout après un long trajet silencieux. Elle parle fermement, sans s'en laisser compter. Alors nous l'écoutons. Pour une fois qu'elle parle, nous sommes très attentifs, nous buvons ses paroles (surtout au volant) car elle ne nous soûle pas. Elle adore l'atlantique, elle aussi. Elle connaît par cœur le coin, les coins, tous les coins où nous sommes allés et grâce à elle rien ne nous a échappé. Ce fut un grand moment.
Le séjour en sa compagnie a été tellement agréable que je n'hésiterai pas à la reprendre même si, c'est vrai, elle s'est trompée une fois ou deux ; mais, bon, " errare humanum est ", n'est-ce pas ?
Humanum ai-je dit ? Soit ! Catherine est la voix de mon GPS…

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Bassin d'Arcachon

Dans notre entreprise de vouloir découvrir la France, on a voulu visiter le Bassin d'Arcachon. Arrivés à Audenge, on s'est dit que pique-niquer au bord de l'eau devait être merveilleux. On prend la première route sur la gauche indiquant un port. Parfait. On arrive ... et on bute sur une sorte de chenal, de canal. On apprendra plus tard que c'est une petite rivière, la Leyre. Peu d'eau. Bizarre pour un "port". Bon, on décide de continuer. Un peu plus loin un autre panneau nous invite à aller à un autre port. Chouette ! Arrivés au bout, quelle déception : peu de bateaux, tous gisant sur le flanc dans une vase, une boue grisâtre. Et ... pas d'eau encore une fois. Ca un port ? Certes, il y avait des bateaux. Mais s'ils voyaient "nos" ports de la Méditerranée, ils en seraient jaloux. Un homme passant par là, nous lui demandons de nous indiquer un port (un vrai) avec de l'eau, où nous pouvons pique-niquer. Il nous répond : "il n'y a pas d'eau" ! Quelle manie ! Ils se sont tous donnés le mot ou quoi ? Comment ça "il n'y a pas d'eau" ? On est au bord de l'Atlantique et il ose nous répondre qu "il n'y a pas d'eau" ! Il voudrait peut-être nous faire croire que Christophe Colomb est parti à pied découvrir l'Amérique ? Devant notre mine ahurie, il ajoute : "c'est marée basse et au fond du bassin il n'y a pas d'eau" ! Ah ! Donc avant de partir il faudrait se renseigner sur les marées ? et rester chez soi si c'est marée basse à midi (ou plutôt 1h) ? Et n'y arriver que minuit passé, avec des torches, pour pouvoir voir quelque chose ? Quelle histoire ! Il va falloir maintenant programmer son voyage comme une véritable expédition ! Bon, on décide tout de même de déjeûner. Tant pis pour l'eau, on verra ça plus tard. Mais on ne peut s'empêcher de plaindre ces pôvres bateaux qui ne méritent pas ce sort indigne. Et on continue notre route. Pas plus d'eau à Andernos qu'ailleurs, malgré ce que nous a dit notre autochtone. Et pire, impossible d'avoir une vue sur le bassin : maisons, bois, maisons ... Soudain, une trouée. Hélas, on a construit des bassins en bordure de route et là, oui là ... des gens s'y baignent ! On pourrait y élever des truites, ou des dorades ou ... Berk ! Un peu plus loin, une autre trouée. On s'attend à trouver la mer d'Aral. Sèche, rives craquelées. On nous parle tellement de sécheresse, d'étés secs, de restrictions d'eau. OUI, ça doit être ça : il doit y avoir une restriction d'eau dans le bassin et ils ont fermé les robinets ... Non, une sorte de prairie, sans vaches, avec au loin les taches blanches des bateaux.
La prochaine fois, je vais à la montagne, je ne serai pas déçu de ne pas voir la mer. Là-bas les lacs ont toujours de l'eau !

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Traqueur d'euros ?

Je viens de lire que le dernier " jeu " à la mode sur internet est de traquer les euros. Non, il ne s'agit pas de traquer la " Brinks " ou de pister la petite vieille du coin de la rue. Non, il s'agit de relever le numéro de ses propres billets ( 5 - 20 - 100 € ou plus bien sûr) avant de les dépenser et d'aller sur le site internet " www. Eurobilltracker.com ", de s'inscrire, et d'y porter les numéros relevés. Et ... d'attendre que quelqu'un sur le net ait ce billet entre les mains, et connaisse ce jeu, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Une probabilité sur X millions. Un français a dû attendre 3 ans pour avoir le " hit " de sa vie ! Une hollandaise a encodé 130000 n° ! Qu'a - t'elle gagné ? Rien. Comment ça rien ? Et le plaisir de " jouer " ? de relever ses n° ? d'attendre ? et de " perdre son temps " ? Quelle joie de savoir que le billet dépensé chez le boulanger du fin fond de la France profonde se retrouve maintenant à Versailles, chez Louis XIV, à Bruxelles prés de la Communauté Européenne ou dans une bodega de Madrid ! Le choc de sa vie ! Mieux que le gros lot du Loto, puisque c'est gratuit.
On en discutait l'autre jour avec ma femme. Quelques instants après elle m'a demandé, mine de rien, si je n'avais pas un billet de 10 ou 20 €, que je lui ai donnés sans réfléchir. Mais par la suite elle me dit qu'elle allait boire le café chez une amie (celle connectée à internet) ... Hum ! Je sens que je n'attendrai pas 3 ans et que je n'aurai pas besoin d'encoder 200000 numéros (je n'ai guère de chance au jeu, donc il m'en faut davantage) pour avoir le ... comment vous avez dit ? ah, oui, le hit de ma vie ! A moins qu'elle ne les mette dans une tirelire ... pour les petits-enfants ! Alors là ...
N'est-il pas vrai que l'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires ?

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La sexualité d'une crème liégeoise

Le fils d'un ami vient de passer l'oral d'un examen (de commerce) et, à mon grand étonnement, on lui a posé comme question : " parlez-moi de la sexualité des pots de yaourt. " !!! Fichtre ! Mais une fois ma perpléxité passée, je me suis mis à rêver de la sexualité de la crème liégeoise. Pourquoi pas ? J'ai toujours été attiré par les nordiques, les Belges en particulier. Qui me connaît me reconnaîtra. Et je suis allé draguer au supermarché, coté rayon frais. Me voilà devant elles. Des rondes, des trapues. En voici une élancée, si blanche et si brune à travers sa tenue transparente. Je me dis qu'elle est faite pour moi. Je me reprends, c'est plutôt elle qui me séduit. Je la prends par la taille. Elle est fraîche et sa peau est lisse. Elle se laisse faire. Ah, bon signe ! Elle me donne sa date de naissance. Je sens ses yeux doux se poser sur moi. Je me dirige vers la sortie, mais à la caisse elle me demande de payer. " Déjà " pensai-je. Elle me tend sa taille et se laisse enlacer pour aller à la voiture où elle monte sans protester, ni roucouler non plus. Je lui prête mon panier comme sac à main. Arrivés à la maison, je la remets au frais. Après tout, j'ai payé, donc elle attendra mon bon vouloir. A midi je la sors et la pose devant moi entre deux chandeliers pendant que je déjeune. Ses yeux doux font que déjà je me lèche les lèvres. Elle sent son heure approcher et me contemple avec patience. Enfin elle arrive. Je la trouve pressée et provocante : son ciré transparent... Je la prends par la taille et d'un geste languide lui enlève son opercule. Elle soupire. Personne ne me regarde, je le lui lèche. Sa mousse est blanche et onctueuse. Je saisis ma cuillère et la plonge en sa chair blanche et brune. Elle pénètre, bombée, dans ma cavité buccale. La crème se dilue contre mon palais, se répand sur ma langue. La cuillère en ressort vide, encore effleurée par mes lèvres gourmandes. Je vais et je viens. Elle se donne à moi, jusqu'au bout. Je lui lèche les bords et même caresse avec le doigt ce que la cuillère n'a pu saisir. Elle n'en peut plus, elle est vidée.
" VLAN " La porte se referme. Ciel, ma femme ! Je jette le pot.
" Des chandelles, une fois, c'est super ! " me dit elle d'un ton languide. Elle est Belge. " Tiens, je t'ai apporté ta crème liégeoise préférée. " Ah ! dis-je ...


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Le vôtre, il est comment ?

Parce que le mien, je ne sais plus très bien. Je l'ai su, mais mon ventre s'étant un peu arrondi, je ne le vois plus. En rentrant mon ventre et en penchant la tête je l'aperçois. Mais de haut. Je voudrais le voir de face, pour savoir comment il est. Avant il regardait fièrement devant, mais maintenant un peu bas. Est-il vilain pour autant ? Non, je ne pense pas. Ma femme me l'aurait dit : quand elle pose sa tête sur ma poitrine, les yeux vers le bas, elle le voit bien et de très prés. Cela m'intrigue tout de même. Je cours vers la salle de bain. Le miroir est trop haut. Je monte sur une chaise. C'est mieux, mais cela ne me satisfait pas. Je cherche dans la trousse à maquillage un petit miroir que je poserais tout contre, juste en dessous. Je n'en trouve pas. Je ne vais quand même pas aller au garage pour le voir dans le rétroviseur ! ...
Ah, j'ai une idée : si je le photographiais ? Mais oui, bien sûr, ainsi je pourrais le mettre sur internet et les autres me donneraient leur avis. Je prends l'appareil numérique. Le soleil est haut et pour mieux l'éclairer je m'allonge sur le sol. En orientant l'écran LCD je vise. Parfait. J'allume le PC. Je le vois enfin, et de face, et de prés ! Il est rond, assez profond ... Oui ... bof ! Pas de quoi en faire un article. J'en ai vu de plus jolis. Et de plus vilains aussi. L'autre jour je marchais dans la rue, les yeux à mi-hauteur, quand un éclat rutilant et argenté attira mon attention. Etait-ce lui qui mettait en valeur le piercing ou le contraire ? Il aurait fallu étudier cela de plus prés ... J'y mets mon index. Il est chaud. " Enlève tes mains de là " aurait dit ma mère. " C'est pas beau. " Pas beau, celui de son fils ? Je comprends alors pour quoi il vient en tête des opérations esthétiques. Bien avant les seins, le nez ou les fesses. Mon index tourne en rond. Il rencontre un grain de sable. Et moi qui reviens de vacances à la montagne ! Il doit être là depuis l'été dernier. Il a dû en voir passer des crèmes liégeoises ! Et se balancer sur le hamac au gré du vent !
NON ! NON ! AIE ! Nooooooon ! Je me réveille et me dresse sur le lit. Ouf ! Ce n'est qu'un cauchemar. Je rêvais qu'on me l'opérait. Que j'allais être défiguré ...
Le jour j'y pense, la nuit j'en rêve. Serais-je atteint de nombrilisme moi aussi ?

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Mon hamac et moi

On vient de m'offrir un hamac, mais comment ai-je pu vivre si longtemps sans ? Certes, il faut prendre quelques précautions en y grimpant - ou est-ce encore un manque d'habitude - mais on s'y trouve presque ficelé comme un rôti, emmailloté, bercé, coucouné - oui, c'est le terme : coucouné. Une brise survient et voilà que je navigue et tournicote au gré du vent. Le hamac incite à la paresse. A la paresse ? Non, à la jouissance, la contemplation, la méditation, la lévitation même ! Attaché d'un coté à un acer trident aux feuilles si particulières, et d'un autre à un tilleul - ah, son parfum énivrant en pleine floraison ! -, on joue à cache-cache avec le soleil qui filtre à travers son feuillage. Le hamac a aussi une fonction, comment dirais-je, ... disons " sociale " : l'autre jour ma femme est venue me rejoindre. C'est un hamac pour 2. Elle s'est glissée prudemment (ou câlinement ? ) à mes cotés. Je me suis cramponné, accroché, mais tout s'est bien passé. On a craint le looping renversé (qui ne devrait pas manquer de ... charme). Non, mais voulant me pousser un peu, hop ! elle s'est retrouvée sur moi. Au bout d'un certain temps, quand j'ai voulu me dégager, hop ! je me suis retrouvé sur elle. Hamac coquin ! Il a été acheté chez " Déluré ", il mérite bien son nom. Mon pauvre voisin dit profiter de son jardin : il bine, il pioche, il bêche, il tond, il coupe, il attache, il plante, il arrose ... et que sais-je encore. Moi je n'en profite pas, j'en jouis, un verre de pastis à la main et quand les glaçons tintent joyeusement faisant retentir leurs " gling gling ", je sirote mon jardin en lentes lampées. Au crépuscule, immobile dans mon hamac, les oiseaux n'ayant plus peur de moi s'approchent plutôt curieux. Je suis nyctalope et dans la semi-obscurité je perçois leurs yeux admiratifs. Inquiet au début, le rossignol se familiarise et me donne sa sérénade pour me remercier d'être un véritable " aficionado ", pas de ceux qui marchent, courent, pédalent, traversant une nature sans la voir derrière leur écran de sueur. Non, moi je la bois : je n'ai même plus le temps de lire ma revue " Natura ", JE SUIS Natura.
" Dring ". Le téléphone ! Dans ma hâte de venir m'y allonger j'ai encore oublié de le prendre. Je veux me lever, je me tourne délicatement et donne un coup de rein, mais plaf !, je me retrouve dans une flaque anisée, le nez entre les glaçons, et je bois la boue. Moi qui aime siroter la nature je suis comblé ! Mais comment ai-je pu vivre sans hamac ?

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Mon Eden à moi

Un 2 avril j'ai dû quitter précipitamment mon domicile pour aller me faire opérer du cœur à Toulouse. C'était encore l'hiver : trois jours après une bourrasque de neige rendait tout invisible : ni ciel, ni maisons, ni arbres. Mon jardin était encore tout engourdi et se réveillait difficilement de cet hiver, long et très froid. De belles touffes de violettes et les premières pâquerettes qui avaient profité des premiers rayons de soleil, égayaient le gazon, du reste pas très joli. Il faut être très méticuleux pour qu'un jardin reste beau l'hiver. Cela aurait été le moment de traiter les fruitiers dont les bourgeons avaient commencé à gonfler. Mais ... Pommes et poires auront donc de la tavelure, seront peut-être véreuses. Mais ...
Et puis le 17 mai je m'en suis revenu, presque 7 semaines après de longs et parfois pénibles traitements. Mon jardin n'était plus le même. Rajeuni, oui, une renaissance éblouissante. La haie de thuyas avait été taillée, le gazon tondu. La spirée, le lilas et le muguet, impatients, ne m'avaient pas attendu. Quelques brins dans un verre, mais une fleur coupée pour moi n'est plus si belle que sur pied. Mes fruitiers donnaient quand même la promesse d'une récolte. Les violettes étaient toujours là, fidèles. Mais que devenaient les rosiers ? Ceux taillés très bas avaient de belles feuilles et de beaux boutons. Maria Callas était toute de rouge plus épanouie que jamais. A traiter ! Et les grimpants ? Ah les grimpants ! Pierre de Ronsard explosait de partout dans son camaïeu rose et crème : merveilleux. Mme Alfred Carrière taillée court resplendissait mais Ghislaine de Féligonde plus tardive me permettrait d'en profiter plus longuement aprés avec sa multitude de boutons encore fermés mais j'ai toujours en mémoire sa palette de couleurs allant de l'abricot au blanc crème en passant par le jaune voire rosé... : plonger son nez dans l'intimité profonde de Ghislaine de Féligonde ! Inoubliable !
Tout n'était que bonheur et volupté. Un ravissement pour les sens, tous les sens. Une nature renaissante pour un corps qui lui aussi avait bien besoin de renaître, de se remettre.
Et dire que certains cherchent leur Eden. Parfois l'espèrent dans l'au-delà. Non, là, ici, à portée de main, au bout des bras, sous le nez et les yeux.
N'est-ce pas Ronsard qui disait déjà en son temps : " cueillez dés aujourd'hui les roses de la vie " ? Alors cueillons, cueillons ...

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