RECITS  et  FICTIONS

Vous trouverez ici mes "fictions", mes "récits". Bonne lecture !

  - La mer
- Un jour de brocante
- La mondialisation

- Le chat
- Histoire de bouts
- Un gigolo
- Chouka
- Catherine
- Bassin d'Arcachon
- Traqueur d'euros
- Sexualité d'une crème liégeoise
- Le vôtre, il est comment ?
- Mon hamac et moi
- Mon Eden à moi

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La mer

C'est l'été. Je déjeune sur ma terrasse tournée vers l'est. Le soleil s'est levé depuis quelques heures et la mer brille, étincelle de mille étoiles qui m'éblouissent. La mer s'installe au fond de moi, me laisse rêveur et me procure le meilleur des petits-déjeuners. C'est le bonheur. Vivant au centre de la France quand je suis ici je ne me lasse pas de la regarder à toute heure du jour et de la nuit. Elle me manque beaucoup.
Ce matin des chemins bien perceptibles la parcourent, signe d'absence de vent. Quelques voiliers passent lentement à contre-jour, leurs voiles bien blanches et leur coque toute noire, comme pour se faire envier. Ils cherchent le vent. Une barque catalane de pêcheurs vient poser ses filets laissant derrière elle une traînée ajoutant un autre chemin. Son teuf-teuf très caractéristique me renvoie vers des étales de poissons frais. Les goélands ont quitté leurs refuges et planent tout prés de moi pour mon plus grand plaisir. Ils vont et viennent, tantôt immobiles tantôt donnant de temps en temps de petits coups d'ailes. Je perçois les premiers cris qui montent de la plage : ma terrasse surplombe la crique de 50 à 60 mètres. J'aperçois son eau cristalline, son fond très transparent ce matin, que j'aime gratter de mes pieds pour voir les oblades picorer quelque nourriture que j'ai pu soulever. Elles me piquent parfois les jambes.
Cela sera bientôt l'heure où les premières risées apparaîtront. Le bleu de l'eau sera plus sombre, moins luisant. Hier, le ciel était légèrement voilé et la mer beige, oui beige, et se confondait avec le ciel beige aussi. On aurait dit une marine que de minuscules insectes sillonnaient. Le soleil passant à travers les quelques nuages posait à la surface de larges tâches éblouissantes. Je lâchai ma tartine pour prendre l'appareil et en faire une photo. Sur le bureau de mon ordinateur elle me procurera un grand réconfort de retour à la maison ou au creux de l'hiver.
Je guette : une régate de petits voiliers pourrait apparaître.
Demain le temps changera. Une tramontane faible soufflera. La mer posera sur les rochers une fine dentelle blanche. Je la sentirai palpiter. Son doux parfum iodé montera jusqu'à moi. Et les jours où le vent souffle fort, ses lames partiront à l'assaut des îlots de la côte rocheuse. Ce ne sera plus une fine dentelle. De grandes gerbes monteront vers l'azur sans jamais l'atteindre. L'eau sera aussi plus sombre. De beaux moutons l'égayeront. Je les suivrai contemplatif, les regardant s'amuser à se poursuivre, à se faire et se défaire, laissant derrière eux une écume bouillonnante blanche. Je deviendrai leur berger du haut de mon promontoire. Ce sera le moment de parcourir cette côte encore sauvage par endroits. Du haut des crêtes le contraste sera saisissant et magnifique : une nature sèche et fauve, des rochers sombres, une eau d'un bleu profond et l'écume blanche tranchant sur les autres couleurs. La route tortillant vers les hauteurs y offre un spectacle haut en couleur.
Mais quand le vent n'est pas trop violent j'aime parcourir le chemin de ronde qui passe à peine au-dessus des vagues. Leurs effluves sont franches. Quelques embruns plus hardis déposent des perles de sel sur ma peau brunie. J'aime écouter la mer jouer une mélodie aux sons graves quand elle s'engouffre dans un creux de falaise. C'est tout prés d'elle qu'on peut écouter sa musique. Chaque vague va et vient et bondit quand elle s'approche de la côte. Il m'est arrivé de la voir toute blanche tant la tramontane était forte et il n'était pas question de se promener si bas.
Ce soir, au coucher je serai à nouveau sur ma terrasse. La côte se teindra de couleurs mordorées. Le phare complice commencera à me faire des clins d'œil. Peut-être qu'un nuage rosé se reflètera et soulignera les derniers chemins. A l'horizon une bande de brume donnera ses dernières couleurs avant qu'elle ne se confonde pour la nuit avec le ciel.
La mer change, calme ou furieuse, claire ou foncée. Mais je peux passer des heures à la contempler, elle me fait toujours rêver. Elle est apaisante, elle est jolie. Elle me procure la même ivresse depuis ma première jeunesse.

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Un jour de brocante

Je suis née il y a 9 ou 10 ans, je ne me souviens plus très bien. Ma mère m'allaitait ainsi que mes frères et sœurs. Je ne crois pas avoir rencontré mon père. Et puis un jour on me mit dans un carton, avec un frère ou une sœur, mais je ne savais pas encore que je ne le reverrais plus. J'ai voyagé dans le coffre d'une voiture et on m'a descendue sur le quai d'une rivière. Je pris peur car on ne m'avait pas encore appris à nager. Par dessus le carton J'ai vu des livres, plutôt vieux, et beaucoup d'objets, tout aussi vieux. Les gens ne cessaient de passer en disant "Oh, regarde comme il est mignon. On dirait Félix". Félix, je ne connaissais pas mais j'étais une petite boule de laine, tremblotante. On me caressait du bout des doigts, comme si j'allais mordre ou griffer.. Et puis un couple d'une cinquantaine d'années s'est arrêté et après une discussion avec mes "parents" me prit dans les mains. Elle me trouvait adorable. Lui semblait plus réservé. Je compris que c'était pour leur fille. Et je me suis retrouvée dans un autre carton et dans le coffre d'une autre voiture et au bout du voyage dans une autre maison totalement inconnue. Il y avait une troisième personne plus jeune qui de suite me prit dans ses bras. Elle me couvrit de baisers et ne cessait de me caresser. "Mais il lui faut une litière … Elle n'a rien à manger … Si, donnons-lui du lait". C'était bon, mais pas comme celui de ma mère. De toute façon, je n'avais pas très faim. La fille décida de m'appeler Minie. Plus tard la litière arriva, on m'indiqua son emplacement. Je me mis à explorer la maison. J'avais du mal à monter ou à descendre les trois marches entre la cuisine et la salle à manger et j'entendais rire en me voyant faire.
Je commençais à m'habituer à la maison et à ces gens qui étaient très gentils avec moi, quand un jour la fille m'emmena chez elle. Allons bon, encore une maison mais sans jardin celle-ci. Elle m'aimait beaucoup, comme son bébé. J'y suis restée un an, je crois, et elle me ramena chez ses parents. Elle ne devait pas m'aimer tant que ça pour me rendre. Et le temps s'écoula. Un été la fille me reprit chez elle, une autre maison. Et un mois après elle me ramena. Tiens mes vacances sont terminées, on me ramène à la maison. Le temps continua de passer. Je prenais de l'assurance, je parcourais le jardin. Et quand j'attrapai mon premier lézard, le père mécontent me gronda. J'en attrapai un autre. Il me gronda encore. Un jour je lui apportai ma première souris, alors il me félicita et me caressa. Je ne comprenais rien.
Je vivais heureuse, mais la proximité de la route me faisait peur. Il faut dire que j'étais assez craintive et je me gardais bien d'y aller, lui préférant les grands champs qui s'étendaient derrière et m'offraient de larges territoires de chasse. Ils me grondaient quand je faisais mine d'aller sur la route et me racontèrent qu'ils avaient déjà eu un chaton qui n'avait survécu que 15 jours, et un soir le père était allé le ramasser sur la route. Je compris donc que c'était un endroit très dangereux. Les voitures passaient très vite en faisant beaucoup de bruit.
Plusieurs mois après la fille revint avec un chaton tout roux. Ah, c'est bien ce que je disais, elle ne m'aimait pas sous ses airs de fille très câline. Elle préférait cette vilaine pelote qu'elle appelait "Caramel". Et elle l'amenait chaque semaine quand elle venait manger. Il m'a bien fallu composer. Mais il était très joueur et il rompait un peu ma monotonie. Elle le laissait de plus en plus longtemps. Et un jour il disparut. Ils le cherchèrent d'abord sur la route, puis sur les bas-côtés, plus de Caramel ! Ils soupçonnèrent les gitans de lui avoir fait la peau, pour sa belle fourrure toute rousse. Il ne tarda pas à être remplacé par "Chouka" (voir article plus bas). Cela confirma qu'elle ne voulait absolument pas de moi. Après tout, j'étais très bien ici. Je fus une mère pour lui. Et surtout j'essayais de lui inculquer la peur de la route. Mais il était trop vadrouilleur, indépendant, et n'en faisait qu'à sa tête. Bref, quelques temps plus tard il fallut aller le chercher sur la route. Pour se consoler de son chagrin elle adopta "Chichou" que lui donna son frère de Toulouse. Son pelage n'a rien de particulier, mais il a de très beaux yeux, c'est vrai.
Quant à moi, j'eus bien des aventures amoureuses. On me rendait souvent visite, et ma foi cela me convenait bien. Et puis un jour mon ventre prit des rondeurs. Je me sentis transformée. Hélas. Mes petits naquirent morts. Pour me consoler je me dis que ceux-là ne connaîtraient pas l'aventure du carton. L'année suivante davantage de matous me prirent d'assaut. Mais cela faillit finir aux enfers. Je mis bas encore des chatons morts, à moitié pourris. Je me sentais mal, comme fiévreuse. On me mit dans un carton et dans un coffre de voiture, encore, et je me retrouvai sur une table, devant un grand escogriffe vêtu de blanc. Il me piqua … et quand je me réveillai j'avais un grand pansement sur mon ventre. Tous les félins du monde pouvaient me courtiser, je ne risquais plus rien.
Je mène maintenant une vie paisible de chats, passant les nuits d'été à courir le mulot et celles d'hiver sur le lit aux pieds de ceux qui m'ont adoptée pour leur fille un jour de brocante.

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La mondialisation


Je me suis marié à une Belge et il m'arrive donc de monter en Belgique pour y passer quelques jours. Dernièrement, je participai à une discussion et je décidai de les bousculer une fois. Depuis le début de la soirée, ils donnaient tous les prix en francs belges. Alors je me fis le trublion en leur demandant si la Belgique faisait partie de l'Europe. C'était comme si on demandait à un Français si Paris faisait partie de la France, ou si le Tanganyika était bien en Tanzanie ! Il y eut un moment de flottement et les sourcils se froncèrent avant de me répondre "ben oui !". Sans tarder je poursuivis mon escarmouche : "en quelle monnaie payez-vous ?" On me regarda de travers. Je vis qu'ils me considéraient comme le dernier de la classe, l'arriéré inculte qui autrefois était prés du chauffage. "En euros, bien sûr". Alors vint la question finale : "alors pourquoi ne parlez-vous qu'en francs belges ?" Surpris, peut-être parce que j'étais le premier à leur en faire la remarque ils me répondirent en choeur que c'était "par habitude". Cela faisait pourtant 6 ans ! De plus tous étaient commerçants ! Je me dis que, soit ils adorent leurs francs, soit (et c'est vrai) la conversion pour eux (par 40) est beaucoup plus facile que pour nous qui devons multiplier ou diviser les mêmes euros par 6,5567 (et j'arrondis…). J'accompagnai même un jour un ami faire des achats, et quand je lui demandai combien il avait payé l'objet, sans réfléchir (il avait dû le faire avant) il me donna le prix en francs belges. Je lui en fis la remarque. Alors ils firent un petit peu plus attention pour que "le petit français" comprenne mieux. Mais ce n'était pas naturel. Et le lendemain, rebelote.
Combien de temps nous français avons-nous mis à nous "débarrasser" de nos anciens francs ? Et moi qui pensais naïvement qu'avec l'euro ce serait plus simple ...
L'autre jour, je suis allé au "Shopping center" (notez le nom) de Woluwé dans la banlieue bruxelloise.. J'ai voulu jeter un papier et m'approchant de la poubelle j'ai constaté 3 compartiments. "Tiens, c'est mieux que chez nous" pensai-je. Mais en lisant les inscriptions, j'éprouvai encore de la surprise : "paper - plastic - other". En anglais ! Dans la rue on trouve aussi de grandes publicités écrites en anglais. Fichtre ! Est-ce que la Belgique aurait fait partie du Commonwealth ? Serait-ce pour cela qu'elle était indépendante depuis 1831 ? On m'expliqua que c'était une façon d'éviter le problème lingüistique entre les Wallons et les Flamands. En rajoutant une autre langue neutre ! Neutre ? Enfin, si on peut dire…
En venant en Belgique on pense rester en Europe, mais on change quand même de planète. C'est le charme des voyages. Ou est-ce ce qu'on appelle la mondialisation ?


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Le chat

Par la porte ouverte entre une longue traînée de soleil. C'est le printemps, c'est donc la renaissance. Cela fait du bien de revoir ce beau soleil, et de savourer sa caresse. Face à elle, je suis assis dans le canapé. Logiquement ici il ne peut y avoir qu'un 6 et donc là sur la même ligne qu'un 8. J'aurais peut-être été mieux dehors. Je lève la tête et je vois une petite ombre se profiler à contre-jour. Elle s'approche lentement mais majestueusement. C'est notre chat. Il passe à mes pieds, lève la tête pour s'assurer que sa place est libre et qu'il peut sauter sans problème pour se couler entre moi et le repose bras, comme dans un nid.
Et le voici en train de faire des mamours sur ma poitrine. C'est un geste curieux. Parfois ses griffes percent mes habits et me piquent la peau. Alors du coude je l'aplatis contre moi et il se met à ronronner. Mais là je me pose une question : vient-il sur moi pour moi ou pour lui ? A-t-il une soudaine envie d'être câliné, ou son instinct de chat sait qu'il me rend plus heureux, que j'aime bien sa présence à mes côtés ? Et alors, serait-ce calculé, espérant en retour quelques retombées : de meilleures croquettes, une pâtée plus savoureuse ou plus copieuse, ou une permissivité accrue ?
Je continue ma grille, j'attaque un autre carré. Je le caresse aussi. Nous nous regardons, mais nous comprenons-nous ? Ici un autre 4. Le soleil est vraiment radieux. J'aurais dû me mettre dans le jardin. Mais il ne serait peut-être pas venu sur moi. Il n'est jamais venu sur mes genoux quand je suis dans le jardin. Subitement, sans que je sache pourquoi, il bondit sur la table du salon. Il s'assoie et entreprend un brin de toilette. Il me regarde, pour me demander si j'ai compris son changement de lieu. Il me fait alors penser au chat de Muriel Barbery dans "l'élégance du hérisson" : une grosse outre à croquettes de luxe qui n'a aucune interaction intéressante avec les personnes. La preuve : il a quitté son petit "nid" pour aller plus loin, en face de moi. Il a la peau du ventre qui traîne presque sur le sol, ayant été opéré : c'est une chatte, elle n'arrivait pas à mettre bas correctement, ses petits naissant morts. Assise, cela se voit moins que quand elle marche.
Une patte passée derrière l'oreille semblerait annoncer la fin du beau temps. Je le regarde interrogatif, car je n'y ai jamais beaucoup cru. On dit aussi qu'un chat, c'est propre. C'est peut-être vrai. Mais sa langue doit être sale, alors, puisqu'elle ramasse tout ce qui traîne sur son pelage. Bon, et quand il nous lèche le bout des doigts ? Je me mets à douter.
Je connais des gens qui, dès qu'ils voient un chat, s'arc-boutent et commencent à leur parler comme ils parlent à des bébés, de façon infantile. En ces occasions, les chats restent totalement indifférents, bien plus matures que des adultes. Au mien, il lui arrive de se rouler par terre quand je reviens. C'est sa façon de me montrer son plaisir de me revoir, enfin c'est ainsi que je le perçois. Alors, oui, je m'arc-boute pour le caresser et lui parler, c'est normal, non ?
Alors, aussi brusquement que lui, je me lève et vais continuer ma grille dehors. Avec ce chat, je n'arrive pas à me concentrer. Je lui tire la langue. Il me montre sa pure indifférence !


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Histoires de bouts et de bouddha
( ou petite visite de la Thaïlande)


C'est par Abu Dhabi, boudi,
Après avoir pu joindre les deux bouts,
Que, de bouts de vol en bouts d'attente,
Nous allâmes à l'autre bout du monde,
Debout quand tout le monde est couché,
Couchés quand tout le monde est debout.
De bout en bout : bouteilles bien bouchées,
Mais, ni noir ni blanc, point de boudin.
Seulement, grâce au riz, quelques bourrelets.
Et de boutiques en boutiques
Nous vîmes des bouts en teck (pas en bambou)
Que les dames ne surent par quel bout prendre,
Sauf Hilda, qui ne les bouda pas !
Nous n'eûmes pas de bout en-train
Quand nous fîmes un bout en train.
Mais j'eus peur quand je fus sur l'éléphant,
en voyant le bout de son bout,
Qu'une femelle vînt se mettre bout à bout,

Ouf ! moi sur lui, nous fîmes notre bout de chemin.

On ne bouda aucun bouddha :
On parla au bouddha parlant,
Langue de bois dans un corps de pierre.
On marcha vers le bouddha marchant
Stoïque dans sa roche séculaire.
Et devant le bouddha couché
On resta figés comme un piquet.
Bref, de bouddha en bouddha,
Kookai, la guide, nous mena par le bout du nez,
Et nous vîmes tous les temples de la Thaïlande.
A tout bout de champ notre bout de guide
Nous apprit le bouddhisme à bout portant.
Elle nous enseigna le sens des positions des mains,
dommage, pas des bouts,
Et nous sûmes tout sur le bout des doigts :
C'était bien simple au bout du compte.
Et quand nous tînmes le bon bout
Du voyage et pas du bambou,
Et que nous fûmes tous à bout,
Mon bouquet d'orchidées à bout de bras,
Mais sans bouddha doré ni bouddha noir,
Nous rentrâmes chez nous, à bout d'habits.


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Un gigolo

Le compagnon d'une de mes amies n'est vraiment pas comme les autres. Il n'a jamais d'argent sur lui, c'est sa nature, il l'oublie toujours à la maison. Et s'il passe devant un guichet automatique, là c'est la carte qu'il n'a pas. C'est vraiment la faute à pas de chance ! Au début de leur liaison, cette amie voulait aller au restau, ou boire un café, ce qui est normal entre amoureux (ils ont 65 ans), et c'est elle qui devait " avancer ". Je te rendrai l'argent demain ... Jamais vu la couleur. La première fois, ça surprend, mais bon, on ne le connaît pas bien encore. Deux fois, c'est bizarre. A trois on réalise. Du coup, elle ne lui propose plus de sortir et lui se sent frustré. Elle aussi d'ailleurs. S'ils sortent (pas souvent), quand arrive la note elle met la moitié dans l'assiette. Et lui se sent obligé de payer sa moité. Sa moitié mais pas pour sa moitié. Imaginez le déchirement pour cet homme, cela doit être épouvantable. Mais il doit déjà chercher l'occasion de se rattraper, sans nul doute ! Elle est vraiment sans coeur, elle ne le comprend pas, elle ne l'aime pas ... Récemment une tornade a emporté le toit de la maison où elle vit et l'assurance le lui a remboursé 2 fois, par erreur. Elle le lui dit. Que n'avait-elle pas dit ! Il lui conseille de ne rien dire et s'empresse de lui réclamer une moitié pour faire réparer sa voiture. Une autre fois il lui demande si elle n'a pas un "vieux" sac, pour sa fille. Elle lui donne un vieux Chanel assez usé. Deux trois jours après il lui dit que finalement il ne lui convient pas et qu'il va le lui rapporter. Tu fais bien, lui répond-elle, car il est numéroté et vaut de l'argent. Que n'avait-elle pas dit là ! Non seulement il ne le lui a pas rendu mais il lui a même demandé si elle connaissait une boutique où il pourrait le revendre ! Un sacré toupet ! La vie du gigolo est très dure, il faut qu'on le sache : il lui faut assurer le quotidien, l'avenir aussi, sait-on jamais : vivre aux dépens de celles (et ceux) qui l'écoutent n'est pas si aisé qu'on le croit. Alors, se sentant oublié, très souvent il quémande : tiens, chou, tu ne peux pas m'acheter cet imperméable. Il est super et je suis persuadé qu'il m'irait bien. La prendre par les sentiments. Quelle femme n'aime pas sortir avec un homme bien habillé ? Ou bien une paire de chaussures quand ils passent devant une boutique, la sienne (comme par hasard) est usée et prend l'eau. Si elle refuse, cela lui arrive, il va même jusqu'à se fâcher, il ne comprend plus ! Il boude, ne revient plus de quelques jours. Une autre fois, c'est un matelas, car le sien est fort abîmé. Le sien ? Le sien ?? Mais lequel ? Il est divorcé, vit chez une autre femme, mais il continue à voir son ancienne femme, et mon amie bien sûr, quand elle veut bien lui acheter du viagra pour qu'il puisse la " remercier ". Elle aussi doit bien aimer ça et cela vaut bien quelques sacrifices. Elle sait pourtant qu'il vit " sur " trois femmes. Ah qu'il est doux de fermer les yeux dans ces moments-là ! Peut-être que les deux autres les ferment aussi ? Il y a quelques temps elle s'est fait opérer. Il n'est pas venu la voir. Pas d'essence dans la voiture. Pas une fleur non plus. Pas du tout habitué, et pour cause, il n'a même pas pensé à des chocolats, ça fait toujours plaisir pourtant. Dernièrement elle est allée s'acheter une petite table en teck pour le jardin. Ce brave homme le lui a reproché en lui demandant si elle n'aurait pas mieux fait d'épargner pour lui acheter des lunettes. La vue c'est quand même primordial, non ? A quoi pense-t'elle ? Mais trouvera-t'il des lunettes qui lui rendent une vue "normale" ? Ses frères et sœurs (à elle) ont bien essayé au début de le lui faire comprendre, de la raisonner, mais leurs arguments ne valaient pas leur pesant d'or (si je puis dire) face à la solitude. Du coup elle ne fréquente plus que ceux qui ne la critiquent pas. Et elle n'hésite plus maintenant à s'afficher avec lui. Peut-être parce qu'il ressemble à Clint Eastwood et qu'elle a l'impression de jouer dans "une poignée de dollars" ?

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Chouka

Je dois avouer que je "ne suis pas très chat". Trop indépendants. Trop peu communicatifs… J'ai toujours été entouré de chiens (de chasse) depuis ma naissance et ils étaient autrement plus relationnels que les chats. Et puis est arrivé Chouka. C'est le chat de ma fille depuis 8 ou 9 mois. Elle habite à peu de kilomètres un petit appartement. Quand le chat tournait en rond, elle nous l'apportait porqu'il se dégourdisse les pattes. Il retrouvait "Minie", la première chatte qu'elle nous a laissée … définitivement (quel grand coeur !) quand elle est partie travailler à Toulouse. Chouka passait donc presque tous ses week ends chez nous, dans sa "résidence secondaire" à la campagne. Qu'il était heureux ! Un grand jardin ! Des arbres où monter. Des oiseaux à courser. Des souris ou mulots à attraper. Bref, un chat comblé et cela faisait plaisir à voir. Il nous le rendait bien en remerciements. Et ce chat, je me pris d'affection pour lui. (Une fois n'est pas coutume).
Lui était très affectueux. Pas comme notre "Minie", distante, peureuse des voitures, de tout (d'un coté, tant mieux, vous comprendrez pourquoi). Quand j'étais dans le jardin, il me suivait pas à pas. Si je plantais ou grattais la terre, il était là à renifler ou vérifier si je le faisais bien. Si je dépliais des plastiques pour mieux les replier, le bruit et le mouvement l'intriguaient et il jouait à s'y enfermer (c'est vrai, je l'aidais un peu). Il fallait même que je le chasse (un comble) quand je traitais mes arbres ! Curieux de tout, comme pour récupérer le temps passé dans son appartement. Quand je me reposais, il venait se frotter à moi et poussait de sa tête ma main pour que je le caresse. Il quémandait les caresses. Très affectueux, disais-je. Chouka me réconciliait avec les chats.
Hier je nettoyais un pulvérisateur à un robinet, séparé de la route par un muret surmonté d'une grille. L'eau lui fit peur et il s'éloigna. 15 secondes plus tard, pas plus, deux petits miaulements rauques attirèrent mon attention. Je vis même Minie dresser les oreilles. Bizarre me dis-je. Pour voir ce qui se passait, j'ouvris le portillon. Chouka était allongé au milieu de la route dans sa robe caramel/fauve. Il n'avait jamais eu peur de la route et n'hésitait pas à franchir cette barrière. Je le pris dans mes bras et le couchai sur la table. Il haletait faiblement, poussait de tous petits cris, sans me reconnaître évidemment. Quelques convulsions secouaient encore son corps. Mais il était déjà ailleurs. Un peu de sang coulait de son nez. Je ne cessais de le caresser, de lui parler pensant que, s'il "n'était que dans le coma", mes caresses le réveilleraient. Comme tout peut basculer rapidement. Cela dura 10 minutes à peine mais la peine était vraiment pour moi. Une hémorragie interne, nous annonça plus tard le vétérinaire. Et moi qui l'aimais tant ! C'est moi qui suis allé le ramasser sur la route, l'ai accompagné par mes caresses vers son sommeil éternel. Et dernier supplice, je devais l'annoncer à ma fille qui venait le récupérer le soir ( le week end était fini).
Certes, "ce n'était qu'un animal", mais cela n'empêche pas d'y tenir, de "l'aimer" et d'avoir du chagrin, surtout dans ces conditions. Une "simple disparition" eut été moins douloureuse. Il n'est pas sûr que son prochain chat soit aussi câlin. Serait-ce à nous de le rendre aussi affectueux ?

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Catherine               


Dernièrement ma femme et moi sommes allés à la mer, à l'atlantique et nous avons emmené avec nous Catherine. Cathy pour les intimes. J'avais le " choix " entre Catherine et François. J'ai préféré Catherine. Qui me connaît n'en sera pas surpris. Ma femme était d'accord. Elle est adorable ( Catherine). Elle a une culture (géographique) énorme. Elle sait tout. Et rarement se trompe dans ce qu'elle affirme, ce qu'elle conseille. Remarquez, François aussi, il en sait autant. Mais bon, Cathy … c'est Cathy. Et puis François et ma femme …
Elle ne se fâche jamais, ne monte jamais le ton, même quand je ne l'écoute pas. C'est vrai, elle n'est pas marrante car elle ne rit jamais. Mais c'est sa connaissance du " terrain " qui a fait que nous l'avons emmenée. Elle parle quand il faut, jamais trop, juste à propos, ne proteste jamais et ne râle encore moins. Ce qui en fait une compagnie très appréciable. Par exemple, elle ne dira rien, mais rien du tout pendant 100 km voire 150. Non, elle ne dort pas, elle regarde, elle veille, elle surveille. Et même si on lui pose une question, elle ne répond pas, sibylline. C'est ce côté qui est parfois un peu agaçant, mais nul n'est parfait.
Et quand soudain elle intervient, sa voix grave, posée nous fait sursauter, surtout après un long trajet silencieux. Elle parle fermement, sans s'en laisser compter. Alors nous l'écoutons. Pour une fois qu'elle parle, nous sommes très attentifs, nous buvons ses paroles (surtout au volant) car elle ne nous soûle pas. Elle adore l'atlantique, elle aussi. Elle connaît par cœur le coin, les coins, tous les coins où nous sommes allés et grâce à elle rien ne nous a échappé. Ce fut un grand moment.
Le séjour en sa compagnie a été tellement agréable que je n'hésiterai pas à la reprendre même si, c'est vrai, elle s'est trompée une fois ou deux ; mais, bon, " errare humanum est ", n'est-ce pas ?
Humanum ai-je dit ? Soit ! Catherine est la voix de mon GPS…

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Bassin d'Arcachon

Dans notre entreprise de vouloir découvrir la France, on a voulu visiter le Bassin d'Arcachon. Arrivés à Audenge, on s'est dit que pique-niquer au bord de l'eau devait être merveilleux. On prend la première route sur la gauche indiquant un port. Parfait. On arrive ... et on bute sur une sorte de chenal, de canal. On apprendra plus tard que c'est une petite rivière, la Leyre. Peu d'eau. Bizarre pour un "port". Bon, on décide de continuer. Un peu plus loin un autre panneau nous invite à aller à un autre port. Chouette ! Arrivés au bout, quelle déception : peu de bateaux, tous gisant sur le flanc dans une vase, une boue grisâtre. Et ... pas d'eau encore une fois. Ca un port ? Certes, il y avait des bateaux. Mais s'ils voyaient "nos" ports de la Méditerranée, ils en seraient jaloux. Un homme passant par là, nous lui demandons de nous indiquer un port (un vrai) avec de l'eau, où nous pouvons pique-niquer. Il nous répond : "il n'y a pas d'eau" ! Quelle manie ! Ils se sont tous donnés le mot ou quoi ? Comment ça "il n'y a pas d'eau" ? On est au bord de l'Atlantique et il ose nous répondre qu "il n'y a pas d'eau" ! Il voudrait peut-être nous faire croire que Christophe Colomb est parti à pied découvrir l'Amérique ? Devant notre mine ahurie, il ajoute : "c'est marée basse et au fond du bassin il n'y a pas d'eau" ! Ah ! Donc avant de partir il faudrait se renseigner sur les marées ? et rester chez soi si c'est marée basse à midi (ou plutôt 1h) ? Et n'y arriver que minuit passé, avec des torches, pour pouvoir voir quelque chose ? Quelle histoire ! Il va falloir maintenant programmer son voyage comme une véritable expédition ! Bon, on décide tout de même de déjeûner. Tant pis pour l'eau, on verra ça plus tard. Mais on ne peut s'empêcher de plaindre ces pôvres bateaux qui ne méritent pas ce sort indigne. Et on continue notre route. Pas plus d'eau à Andernos qu'ailleurs, malgré ce que nous a dit notre autochtone. Et pire, impossible d'avoir une vue sur le bassin : maisons, bois, maisons ... Soudain, une trouée. Hélas, on a construit des bassins en bordure de route et là, oui là ... des gens s'y baignent ! On pourrait y élever des truites, ou des dorades ou ... Berk ! Un peu plus loin, une autre trouée. On s'attend à trouver la mer d'Aral. Sèche, rives craquelées. On nous parle tellement de sécheresse, d'étés secs, de restrictions d'eau. OUI, ça doit être ça : il doit y avoir une restriction d'eau dans le bassin et ils ont fermé les robinets ... Non, une sorte de prairie, sans vaches, avec au loin les taches blanches des bateaux.
La prochaine fois, je vais à la montagne, je ne serai pas déçu de ne pas voir la mer. Là-bas les lacs ont toujours de l'eau !

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Traqueur d'euros ?

Je viens de lire que le dernier " jeu " à la mode sur internet est de traquer les euros. Non, il ne s'agit pas de traquer la " Brinks " ou de pister la petite vieille du coin de la rue. Non, il s'agit de relever le numéro de ses propres billets ( 5 - 20 - 100 € ou plus bien sûr) avant de les dépenser et d'aller sur le site internet " www. Eurobilltracker.com ", de s'inscrire, et d'y porter les numéros relevés. Et ... d'attendre que quelqu'un sur le net ait ce billet entre les mains, et connaisse ce jeu, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Une probabilité sur X millions. Un français a dû attendre 3 ans pour avoir le " hit " de sa vie ! Une hollandaise a encodé 130000 n° ! Qu'a - t'elle gagné ? Rien. Comment ça rien ? Et le plaisir de " jouer " ? de relever ses n° ? d'attendre ? et de " perdre son temps " ? Quelle joie de savoir que le billet dépensé chez le boulanger du fin fond de la France profonde se retrouve maintenant à Versailles, chez Louis XIV, à Bruxelles prés de la Communauté Européenne ou dans une bodega de Madrid ! Le choc de sa vie ! Mieux que le gros lot du Loto, puisque c'est gratuit.
On en discutait l'autre jour avec ma femme. Quelques instants après elle m'a demandé, mine de rien, si je n'avais pas un billet de 10 ou 20 €, que je lui ai donnés sans réfléchir. Mais par la suite elle me dit qu'elle allait boire le café chez une amie (celle connectée à internet) ... Hum ! Je sens que je n'attendrai pas 3 ans et que je n'aurai pas besoin d'encoder 200000 numéros (je n'ai guère de chance au jeu, donc il m'en faut davantage) pour avoir le ... comment vous avez dit ? ah, oui, le hit de ma vie ! A moins qu'elle ne les mette dans une tirelire ... pour les petits-enfants ! Alors là ...
N'est-il pas vrai que l'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires ?

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La sexualité d'une crème liégeoise

Le fils d'un ami vient de passer l'oral d'un examen (de commerce) et, à mon grand étonnement, on lui a posé comme question : " parlez-moi de la sexualité des pots de yaourt. " !!! Fichtre ! Mais une fois ma perpléxité passée, je me suis mis à rêver de la sexualité de la crème liégeoise. Pourquoi pas ? J'ai toujours été attiré par les nordiques, les Belges en particulier. Qui me connaît me reconnaîtra. Et je suis allé draguer au supermarché, coté rayon frais. Me voilà devant elles. Des rondes, des trapues. En voici une élancée, si blanche et si brune à travers sa tenue transparente. Je me dis qu'elle est faite pour moi. Je me reprends, c'est plutôt elle qui me séduit. Je la prends par la taille. Elle est fraîche et sa peau est lisse. Elle se laisse faire. Ah, bon signe ! Elle me donne sa date de naissance. Je sens ses yeux doux se poser sur moi. Je me dirige vers la sortie, mais à la caisse elle me demande de payer. " Déjà " pensai-je. Elle me tend sa taille et se laisse enlacer pour aller à la voiture où elle monte sans protester, ni roucouler non plus. Je lui prête mon panier comme sac à main. Arrivés à la maison, je la remets au frais. Après tout, j'ai payé, donc elle attendra mon bon vouloir. A midi je la sors et la pose devant moi entre deux chandeliers pendant que je déjeune. Ses yeux doux font que déjà je me lèche les lèvres. Elle sent son heure approcher et me contemple avec patience. Enfin elle arrive. Je la trouve pressée et provocante : son ciré transparent... Je la prends par la taille et d'un geste languide lui enlève son opercule. Elle soupire. Personne ne me regarde, je le lui lèche. Sa mousse est blanche et onctueuse. Je saisis ma cuillère et la plonge en sa chair blanche et brune. Elle pénètre, bombée, dans ma cavité buccale. La crème se dilue contre mon palais, se répand sur ma langue. La cuillère en ressort vide, encore effleurée par mes lèvres gourmandes. Je vais et je viens. Elle se donne à moi, jusqu'au bout. Je lui lèche les bords et même caresse avec le doigt ce que la cuillère n'a pu saisir. Elle n'en peut plus, elle est vidée.
" VLAN " La porte se referme. Ciel, ma femme ! Je jette le pot.
" Des chandelles, une fois, c'est super ! " me dit elle d'un ton languide. Elle est Belge. " Tiens, je t'ai apporté ta crème liégeoise préférée. " Ah ! dis-je ...


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Le vôtre, il est comment ?

Parce que le mien, je ne sais plus très bien. Je l'ai su, mais mon ventre s'étant un peu arrondi, je ne le vois plus. En rentrant mon ventre et en penchant la tête je l'aperçois. Mais de haut. Je voudrais le voir de face, pour savoir comment il est. Avant il regardait fièrement devant, mais maintenant un peu bas. Est-il vilain pour autant ? Non, je ne pense pas. Ma femme me l'aurait dit : quand elle pose sa tête sur ma poitrine, les yeux vers le bas, elle le voit bien et de très prés. Cela m'intrigue tout de même. Je cours vers la salle de bain. Le miroir est trop haut. Je monte sur une chaise. C'est mieux, mais cela ne me satisfait pas. Je cherche dans la trousse à maquillage un petit miroir que je poserais tout contre, juste en dessous. Je n'en trouve pas. Je ne vais quand même pas aller au garage pour le voir dans le rétroviseur ! ...
Ah, j'ai une idée : si je le photographiais ? Mais oui, bien sûr, ainsi je pourrais le mettre sur internet et les autres me donneraient leur avis. Je prends l'appareil numérique. Le soleil est haut et pour mieux l'éclairer je m'allonge sur le sol. En orientant l'écran LCD je vise. Parfait. J'allume le PC. Je le vois enfin, et de face, et de prés ! Il est rond, assez profond ... Oui ... bof ! Pas de quoi en faire un article. J'en ai vu de plus jolis. Et de plus vilains aussi. L'autre jour je marchais dans la rue, les yeux à mi-hauteur, quand un éclat rutilant et argenté attira mon attention. Etait-ce lui qui mettait en valeur le piercing ou le contraire ? Il aurait fallu étudier cela de plus prés ... J'y mets mon index. Il est chaud. " Enlève tes mains de là " aurait dit ma mère. " C'est pas beau. " Pas beau, celui de son fils ? Je comprends alors pour quoi il vient en tête des opérations esthétiques. Bien avant les seins, le nez ou les fesses. Mon index tourne en rond. Il rencontre un grain de sable. Et moi qui reviens de vacances à la montagne ! Il doit être là depuis l'été dernier. Il a dû en voir passer des crèmes liégeoises ! Et se balancer sur le hamac au gré du vent !
NON ! NON ! AIE ! Nooooooon ! Je me réveille et me dresse sur le lit. Ouf ! Ce n'est qu'un cauchemar. Je rêvais qu'on me l'opérait. Que j'allais être défiguré ...
Le jour j'y pense, la nuit j'en rêve. Serais-je atteint de nombrilisme moi aussi ?

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Mon hamac et moi

On vient de m'offrir un hamac, mais comment ai-je pu vivre si longtemps sans ? Certes, il faut prendre quelques précautions en y grimpant - ou est-ce encore un manque d'habitude - mais on s'y trouve presque ficelé comme un rôti, emmailloté, bercé, coucouné - oui, c'est le terme : coucouné. Une brise survient et voilà que je navigue et tournicote au gré du vent. Le hamac incite à la paresse. A la paresse ? Non, à la jouissance, la contemplation, la méditation, la lévitation même ! Attaché d'un coté à un acer trident aux feuilles si particulières, et d'un autre à un tilleul - ah, son parfum énivrant en pleine floraison ! -, on joue à cache-cache avec le soleil qui filtre à travers son feuillage. Le hamac a aussi une fonction, comment dirais-je, ... disons " sociale " : l'autre jour ma femme est venue me rejoindre. C'est un hamac pour 2. Elle s'est glissée prudemment (ou câlinement ? ) à mes cotés. Je me suis cramponné, accroché, mais tout s'est bien passé. On a craint le looping renversé (qui ne devrait pas manquer de ... charme). Non, mais voulant me pousser un peu, hop ! elle s'est retrouvée sur moi. Au bout d'un certain temps, quand j'ai voulu me dégager, hop ! je me suis retrouvé sur elle. Hamac coquin ! Il a été acheté chez " Déluré ", il mérite bien son nom. Mon pauvre voisin dit profiter de son jardin : il bine, il pioche, il bêche, il tond, il coupe, il attache, il plante, il arrose ... et que sais-je encore. Moi je n'en profite pas, j'en jouis, un verre de pastis à la main et quand les glaçons tintent joyeusement faisant retentir leurs " gling gling ", je sirote mon jardin en lentes lampées. Au crépuscule, immobile dans mon hamac, les oiseaux n'ayant plus peur de moi s'approchent plutôt curieux. Je suis nyctalope et dans la semi-obscurité je perçois leurs yeux admiratifs. Inquiet au début, le rossignol se familiarise et me donne sa sérénade pour me remercier d'être un véritable " aficionado ", pas de ceux qui marchent, courent, pédalent, traversant une nature sans la voir derrière leur écran de sueur. Non, moi je la bois : je n'ai même plus le temps de lire ma revue " Natura ", JE SUIS Natura.
" Dring ". Le téléphone ! Dans ma hâte de venir m'y allonger j'ai encore oublié de le prendre. Je veux me lever, je me tourne délicatement et donne un coup de rein, mais plaf !, je me retrouve dans une flaque anisée, le nez entre les glaçons, et je bois la boue. Moi qui aime siroter la nature je suis comblé ! Mais comment ai-je pu vivre sans hamac ?

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Mon Eden à moi

Un 2 avril j'ai dû quitter précipitamment mon domicile pour aller me faire opérer du cœur à Toulouse. C'était encore l'hiver : trois jours après une bourrasque de neige rendait tout invisible : ni ciel, ni maisons, ni arbres. Mon jardin était encore tout engourdi et se réveillait difficilement de cet hiver, long et très froid. De belles touffes de violettes et les premières pâquerettes qui avaient profité des premiers rayons de soleil, égayaient le gazon, du reste pas très joli. Il faut être très méticuleux pour qu'un jardin reste beau l'hiver. Cela aurait été le moment de traiter les fruitiers dont les bourgeons avaient commencé à gonfler. Mais ... Pommes et poires auront donc de la tavelure, seront peut-être véreuses. Mais ...
Et puis le 17 mai je m'en suis revenu, presque 7 semaines après de longs et parfois pénibles traitements. Mon jardin n'était plus le même. Rajeuni, oui, une renaissance éblouissante. La haie de thuyas avait été taillée, le gazon tondu. La spirée, le lilas et le muguet, impatients, ne m'avaient pas attendu. Quelques brins dans un verre, mais une fleur coupée pour moi n'est plus si belle que sur pied. Mes fruitiers donnaient quand même la promesse d'une récolte. Les violettes étaient toujours là, fidèles. Mais que devenaient les rosiers ? Ceux taillés très bas avaient de belles feuilles et de beaux boutons. Maria Callas était toute de rouge plus épanouie que jamais. A traiter ! Et les grimpants ? Ah les grimpants ! Pierre de Ronsard explosait de partout dans son camaïeu rose et crème : merveilleux. Mme Alfred Carrière taillée court resplendissait mais Ghislaine de Féligonde plus tardive me permettrait d'en profiter plus longuement aprés avec sa multitude de boutons encore fermés mais j'ai toujours en mémoire sa palette de couleurs allant de l'abricot au blanc crème en passant par le jaune voire rosé... : plonger son nez dans l'intimité profonde de Ghislaine de Féligonde ! Inoubliable !
Tout n'était que bonheur et volupté. Un ravissement pour les sens, tous les sens. Une nature renaissante pour un corps qui lui aussi avait bien besoin de renaître, de se remettre.
Et dire que certains cherchent leur Eden. Parfois l'espèrent dans l'au-delà. Non, là, ici, à portée de main, au bout des bras, sous le nez et les yeux.
N'est-ce pas Ronsard qui disait déjà en son temps : " cueillez dés aujourd'hui les roses de la vie " ? Alors cueillons, cueillons ...

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